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Assemblée publique de l'AMC : « Dis-moi ton code postal et je te dirai quelle est ton espérance de vie »

Naître, vivre, travailler et vieillir dans un quartier défavorisé a bien plus d'impact sur la santé - et la longévité - qu'on peut le croire. De près de dix ans, selon que vous habitiez Outremont ou Hochelaga-Maisonneuve. C'est l'une des constatations livrées par Dominique Forget du magazine L'Actualité lors de l'assemblée publique tenue hier à Montréal par l'AMC, qui voulait connaître l'opinion des participants sur les divers facteurs ou déterminants sociaux qui affectent la santé.

Cette assemblée publique, organisée en partenariat avec l'AMQ, L'Actualité et CPAC, a réuni des participants pour la plupart bien au fait des disparités sociales entre quartiers riches et pauvres, soit des groupes communautaires ou associatifs, ainsi que des étudiants en médecine et des citoyens ordinaires désireux de s'impliquer pour faire bouger les choses au Québec.

Bien sûr, les gens n'ont pas manqué de partager leur désenchantement, assorti d'une bonne dose de cynisme par rapport aux décisions politiques récentes des ordres de gouvernement. « Je m'inquiète de ces politiques, notamment celles qui touchent les assistés sociaux et l'assurance-emploi », a déploré la Dre Marie-France Raynault, directrice générale du Centre de recherche Léa-Roback sur les inégalités sociales de santé de Montréal.

Le Dr Gilles Julien, pédiatre social dont la Fondation vient en aide aux enfants vulnérables, a pour sa part dénoncé « la "structurite aiguë" dont souffrent nos gouvernements et les mégastructures comme les CSSS, qui ne favorisent pas l'intégration communautaire. »

« Les gouvernements ne sont pas intéressés aux mesures à long terme, structurantes - seulement électorales », a-t-il ajouté.

Parmi les déterminants sociaux directement reliés à la santé, le logement ou plutôt l'absence de logements abordables a occupé une grande partie des échanges. Pas moins de 22 000 ménages sont en attente d'un tel logement selon Hélène Bohémier de l'Office municipal d'habitation de Montréal (OMHM). L'itinérance chez les hommes, et de plus en plus chez les femmes, laisse entrevoir une situation alarmante pour le futur avec la possible itinérance de familles au grand complet. Ce problème touche aussi fortement les immigrants et les Autochtones dont l'extrême vulnérabilité souvent les amène à vivre dans des logements insalubres, remplis de moisissures et de vermine. Mais qu'en est-il des enfants dans tout cela?

« Si l'avenir des enfants n'est pas une priorité, nous ne sommes pas une société en santé », a dit le Dr Julien. « Vivre dans de telles conditions cause un stress toxique et a un impact sur le développement du cerveau d'un enfant. Celui d'un enfant à risque est beaucoup plus petit (il perd le tiers, voire la moitié du volume normal) et suite à ça, le reste de sa vie est prévisible avec du décrochage scolaire, de la violence et de la criminalité, de l'obésité, etc. »

Devant l'impuissance des gouvernements, les participants ont dit souhaiter prendre cette problématique en main pour développer une approche communautaire axée sur la prévention. Le travail de médecine intégrée au niveau communautaire du Dr Julien rejoint plusieurs personnes, plutôt que privilégier l'approche curative.

« Mais les coupures se font dans les projets de prévention, pas dans le curatif. Il faut cesser d'être hospitalo-centriste (où l'hôpital occupe la place centrale et prépondérante du système de santé) et il faut que le public s'y intéresse », a affirmé Dre Raynault. Actuellement, « les gens travaillent malheureusement trop en silos », selon madame Bohémier. Il faut aller vers une transversalité, ont fait remarquer certains participants, car « l'expertise terrain, ce sont les groupes communautaires qui l'ont », ce à quoi plusieurs ont fait valoir que l'intégration des ressources communautaires est problématique - question de pouvoir.

L'assemblée publique de Montréal était la cinquième de cette série. Les autres se sont déroulées à Winnipeg, Hamilton, Charlottetown et Calgary et l'AMC entend publier un rapport prochainement qui contiendra les recommandations émises par les participants, rapport qu'elle partagera avec ses membres puis remettra ensuite aux différents paliers de gouvernement. « Il s'agit de redéfinir la place du médecin dans la société », de dire le Dr Laurent Marcoux, président de l'AMQ qui présidait l'assemblée.

Avec le journaliste et auteur Daniel Lessard pour animer la soirée, le panel de Montréal était constitué du Dr Gilles Julien, pédiatre social, Hélène Bohémier de l'OMHM, Dre Marie-France Raynault, directrice générale du Centre de recherche Léa-Roback sur les inégalités sociales de santé de Montréal et de Dominique Forget, chroniqueuse santé pour L'Actualité.

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