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Le Dr Granger Avery témoigne devant le Comité sénatorial des finances nationales pour discuter du vieillissement de la population canadienne​

​Bonsoir Mesdames et Messieurs les Sénateurs. Je m'appelle Granger Avery et je vis à Port McNeil (Colombie-Britannique). Je suis président de l'Association médicale canadienne (AMC). Au nom de l'AMC et de ses quelque 85 000 membres, je me réjouis de cette occasion de venir témoigner devant vous.

Je vous félicite d'étudier les incidences financières et les considérations régionales du vieillissement démographique au pays. Une telle étude s'imposait depuis longtemps comme en témoigne le fait qu'en 1998, le vérificateur général du Canada a projeté que les dépenses publiques de santé pourraient presque doubler en pourcentage du produit intérieur brut entre 1996 et 2031.

Je limiterai aujourd'hui mon propos à ce que nous savons au sujet de l'effet que l'évolution des caractéristiques démographiques du Canada a sur les dépenses de santé. Les stratèges ont eu tendance à céder à la complaisance en la matière parce qu'on a déterminé que le vieillissement de la population à lui seul augmente les dépenses de santé d'un pour cent ou moins par année. Le vieillissement a toutefois un effet cumulatif facilement évident lorsqu'on en examine l'incidence sur la répartition des dépenses selon l'âge au fil du temps.

Par exemple, une étude réalisée pour le compte du Conseil économique de l'Ontario en 1981 prévoyait que les coûts institutionnels et médicaux afférents à la population des 65 ans et plus en Ontario passeraient de 38 % en 1976 à 47 % en 2001 et à 57 % en 2026. Les données de l'Institut canadien d'information sur la santé montrent aujourd'hui que ces projections étaient exactes. Le pourcentage réel observé s'établissait à 47 % en 2001 et 51 % en 2014 – année la plus récente sur laquelle des données sont disponibles.

Si nous appliquons à la population projetée en 2026, les estimations les plus récentes pour l'Ontario des dépenses selon l'âge et le sexe, le pourcentage atteindra 60 % – ce qui dépasse légèrement la projection initiale. Il est presque certain que ce virage imminent de la répartition exercera de lourdes pressions. Comme nous savons que les dépenses de santé moyennes par habitant grimpent de plus du tiers entre le groupe des 70 à 74 ans et celui des 75 à 79 ans, les pressions exercées par les coûts devraient s'alourdir en 2021 et par la suite lorsque la première vague de la génération du baby-boom atteindra 75 ans.

Le vieillissement de la population est inégal d'un bout à l'autre du Canada, ce qui préoccupe particulièrement l'AMC. Selon les estimations de la population de juillet 2016, les 65 ans et plus représentent plus de 19 % de la population dans chacune des provinces de l'Atlantique comparativement à 16,5 % pour l'ensemble du Canada.

Que faut-il donc faire? L'AMC préconise une stratégie nationale sur les aînés depuis 2014. Nos efforts ont reçu l'appui de quelque 50 000 Canadiens qui ont adhéré à la campagne « Exigeons un plan » de l'AMC et ont écrit presque 100 000 courriels et lettres pour exhorter le gouvernement à agir maintenant dans le dossier des aînés. Ce que nous demandons est clair et nous avons recommandé quatre mesures clés que le gouvernement fédéral pourrait prendre dès maintenant pour améliorer la situation.

Premièrement, nous avons préconisé un montant supplémentaire au Transfert canadien en matière de santé, établi en fonction des facteurs démographiques. Ce paiement serait fondé sur une augmentation des dépenses provinciales et territoriales de santé attribuables au vieillissement seulement et accorderait un financement supplémentaire aux administrations où la population vieillit plus rapidement. Le Comité sénatorial spécial sur le vieillissement avait déjà recommandé cette mesure dans son rapport de 2009.

Deuxièmement, l'importance courante accordée aux soins à domicile et à la santé mentale et l'investissement que le gouvernement y affecte nous réjouissent certes, mais le Canada aura quand même besoin de milliers de lits de soins de longue durée de plus. Nous recommandons par conséquent que le gouvernement fédéral inclue les investissements, y compris les programmes de mise à niveau et de rénovation, dans les engagements qu'il a pris d'investir dans l'infrastructure.

Troisièmement, les personnes âgées doivent aussi prendre en charge des dépenses directes plus importantes en médicaments d'ordonnance. Selon Statistique Canada, en 2015, un ménage dirigé par une personne âgée consacrait aux médicaments d'ordonnance 55 % de plus en moyenne que tous les ménages. L'AMC recommande que le gouvernement fédéral fasse un premier pas vers l'assurance universelle des médicaments d'ordonnance en établissant un programme de partage des coûts avec les provinces et les compagnies d'assurance privées qui couvrirait une partie ou la totalité des coûts excédant le moins élevé de 1500 $ ou de 3 % du revenu annuel brut du ménage.

Quatrièmement, Statistique Canada a estimé que plus de 8 millions de Canadiens jouent le rôle d'aidants naturels non rémunérés auprès d'êtres chers. Un sur cinq (19 %) seulement a reçu de l'aide financière et à peine un sur 20 (5 %) a déclaré recevoir de l'aide sous forme d'un crédit d'impôt fédéral. L'AMC recommande que le gouvernement fédéral modifie les crédits d'impôt aux aidants naturels et aux aidants familiaux afin de rendre ces crédits remboursables.

En terminant, nous avons beaucoup de documents sur nos propositions que nous serions heureux de mettre à votre disposition.

Je vous remercie de votre attention et je serai heureux de répondre à vos questions.

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