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Ordonnances électroniques – pas encore de quoi pavoiser

Il n’arrive pas tous les jours – ni tous les mois, d’ailleurs – que l’Association médicale canadienne soit félicitée publiquement par le dirigeant d’Inforoute Santé du Canada.

Ce fut donc un moment important quand Richard Alvarez a parlé de nous en termes élogieux à la conférence de 2014 sur la cybersanté qui a eu lieu à Vancouver en juin. Il a reconnu le leadership de l’AMC et de l’Association des pharmaciens du Canada (APhC), qui font des pressions en faveur de l’utilisation généralisée des ordonnances électroniques au Canada.

« Ces associations font preuve d’un leadership fantastique », a dit M. Alvarez.

Même si M. Alvarez parlait expressément du leadership démontré par les deux organisations, ses propos traitaient d’un sujet délicat. Malheureusement, quand il est question de faire de l’établissement d’ordonnances électroniques la norme au Canada, ses propos élogieux sont la seule bonne nouvelle que nous ayons à signaler.

C'est franchement gênant. Il y a seulement deux ans, nos organisations ont fait une déclaration conjointe prévoyant que d’ici 2015, les ordonnances électroniques « seront la façon de faire pour prescrire des médicaments aux Canadiens ». Pis encore, une résolution adoptée à la rencontre du Conseil général de l’AMC de 2009 demandait que l’instauration des ordonnances électroniques soit faite au plus tard en 2012.

Le fait que nous soyons très loin d’atteindre cet objectif en dit long sur la complexité de la question. Nous reconnaissons pratiquement tous que l’établissement d’ordonnances électroniques peut améliorer l’observation du traitement, prévenir la fraude, augmenter la collaboration entre les fournisseurs et faciliter la vie aux patients. Pourtant, nous n’arrivons pas à trouver de solution numérique.

Malgré les statistiques d’une étude du Fonds du Commonwealth laissant croire le contraire, le fait est que pratiquement aucun médecin canadien, hormis au Québec, ne peut transmettre électroniquement une ordonnance à un pharmacien — qui exécute ensuite l’ordonnance. Des données de 2012, selon lesquelles 43 % des médecins de famille du Canada font couramment des ordonnances électroniques, incluent probablement les nombreux médecins qui entrent l’information sur l’ordonnance dans le dossier médical électronique, et impriment ensuite l’ordonnance pour la remettre au patient ou la faxer au pharmacien.

Qu’est-ce qui empêche l’instauration véritable des ordonnances électroniques? Selon un récent sondage mené auprès de plus de 400 membres de l’AMC, les principaux obstacles à l’établissement des ordonnances électroniques sont les suivants :

  • les médecins ne connaissent pas de pharmaciens qui acceptent les ordonnances électroniques;
  • le mode de fonctionnement des DME pose parfois problème.

Les autres défis peuvent varier selon les administrations, mais sont entre autres les suivants :

  • il y a un manque de leadership de la part du gouvernement;
  • certains systèmes de DME ne permettent pas d’établir des ordonnances électroniques;
  • il y a un manque d’interopérabilité entre les DME des cabinets des médecins et les logiciels de gestion des pharmaciens;
  • l’absence d’un registre des fournisseurs empêche les médecins de savoir quelles pharmacies acceptent des ordonnances électroniques;
  • il n’y a pas de système fonctionnel d’information sur les médicaments;
  • les médecins et les pharmaciens ne sont pas encouragés à utiliser les ordonnances électroniques;
  • les chaînes de pharmacies ne veulent pas investir dans la mise en place de dix systèmes de gestion distincts pour se conformer aux structures et aux législations provinciales;
  • il existe une confusion quant aux exigences sur l’authentification de la signature des médecins.

Il y a toutefois quelques points positifs. Au Québec, grâce à l’initiative Dossier Santé Québec, les médecins de certaines cliniques et les pharmacies communautaires peuvent consulter le profil pharmacologique des patients et établir et recevoir des ordonnances électroniques. Jusqu’à présent, ce projet pilote a produit des résultats positifs.

Au palier national, l’AMC reste déterminée à collaborer avec l’APhC et d’autres organisations afin de réclamer des changements qui faciliteront l’instauration des ordonnances électroniques afin de maximiser les économies pour les médecins et les pharmaciens, et d’améliorer le processus pour les patients.

Nous sommes déçus du manque de progrès vers l’atteinte de cet objectif, mais pensons qu’il est important de persévérer, dans l’intérêt de la profession et dans celui du public.