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Plus d'un nouveau spécialiste sur six ne trouve pas de travail, affirme le Collège royal

Selon les constats d'une nouvelle enquête réalisée par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, 16 % des nouveaux médecins spécialistes et surspécialistes ont indiqué qu'ils ne peuvent pas se trouver d'emploi, et 31 % qu'ils poursuivent leur formation afin d'améliorer leurs chances de se trouver du travail.

Selon le rapport, fondé sur des enquêtes menées auprès de médecins ayant obtenu leur certificat en 2011 et 2012, le taux de chômage pour les récents associés est deux fois plus élevé qu'il ne l'est pour l'ensemble des Canadiens (7,1 %). Tous les répondants comptent au moins huit ans de formation universitaire et spécialisée.

« Il est également intéressant de noter qu'un grand nombre de nouveaux spécialistes et surspécialistes (414) ont choisi de ne pas intégrer le marché de l'emploi pour plutôt poursuivre une formation surspécialisée ou effectuer un stage de perfectionnement, étant d'avis que cela améliorerait leurs perspectives d'emploi », peut-on lire dans le rapport. [La référence aux 414 médecins ne concerne que les médecins qui ont répondu au sondage. En réalité, le compte total serait plus élevé. - NDLR.]

Danielle Fréchette, chercheuse principale, a déclaré que cette étude est la première du genre au Canada. « Après avoir entendu parler pendant de nombreuses années de pénurie de médecins, des données ont émergé ces dernières années selon lesquelles un segment croissant de médecins spécialistes et surspécialistes ne peuvent pas trouver d'emploi », explique-t-elle.

Mme Fréchette a ajouté que le Collège royal a lancé son enquête en 2011; les constatations de l'enquête ont été publiées dans un rapport de 60 pages intitulé Quelle est la réalité sous-jacente au chômage des spécialistes au Canada ? et rendu public le 10 octobre. Ce rapport conclut que trois principaux facteurs sont responsables des problèmes d'emploi.

Le premier principal facteur est la faiblesse de l'économie. Non seulement le « rendement plutôt affaibli de la bourse » a-t-il eu pour effet que de nombreux médecins spécialistes ont reporté leur retraite, privant ainsi les nouveaux médecins de possibilités d'emploi, mais les compressions budgétaires du gouvernement ont aussi entraîné une réduction des heures d'utilisation des salles d'opération et des lits d'hôpitaux. « Cela a un lien direct avec l'emploi des médecins », peut-on lire dans le rapport.

Le deuxième facteur est l'évolution du système de santé, qui donne lieu à de nouveaux modèles de soins s'appuyant moins sur les médecins et ayant également produit un « manque d'harmonisation » entre les modèles de planification de l'effectif en santé, les modèles de prestation des soins de santé et les quotas d'admission en résidence.

Le troisième facteur porte sur les « préférences personnelles ». Par exemple, les nouveaux spécialistes sont plus âgés aujourd'hui que par le passé, et « bon nombre d'entre eux ont des responsabilités familiales pouvant limiter leur capacité » de s'installer dans les régions où les emplois sont disponibles.

L'enquête a révélé également qu'une « proportion considérable » des nouveaux médecins qui ont du mal à trouver un emploi pratiquent dans des disciplines chirurgicales et autres disciplines « nécessitant des ressources importantes ».

Selon l'enquête, les cinq disciplines où l'on retrouve la plus forte proportion de nouveaux médecins ayant du mal à trouver un emploi sont les suivantes :

  • chirurgie cardiaque (les cinq répondants ont poursuivi leur formation parce qu'ils étaient incapables de trouver un poste)
  • médecine nucléaire (quatre des sept répondants [57,1 %] ont été incapables de trouver un emploi)
  • radio-oncologie (14 sur 27, 51,9 %)
  • ophtalmologie (13 sur 30, 43,3 %)
  • urologie (6 sur 15, 40 %)

Le Dr Andrew Padmos, directeur général du Collège royal, a déclaré que le Collège favorise la création d'un « bureau national ou centre de réflexion » pour favoriser la recherche et élaborer une approche nationale pour la planification des effectifs en santé. L'AMC a aussi demandé la création d'une stratégie nationale ainsi que d'autres ressources de planification de carrière pour les stagiaires.

Le Dr Louis Hugo Francescutti, président de l'AMC et ancien président du Collège royal, a déclaré que l'immensité du territoire canadien et le nombre important d'administrations chargées de la prestation des soins de santé rendent difficile la planification des effectifs. « J'ai rencontré nos étudiants et résidents membres lors de l'assemblée annuelle de l'AMC en août dernier, et il était évident que cela constitue le problème majeur auquel ils font face. Avec cette nouvelle recherche, nous disposons maintenant de données fiables sur l'ampleur du problème et nous pouvons commencer à trouver des solutions. »

Selon le Collège royal, l'étape suivante consistera en la tenue d'un sommet national en février prochain, où des groupes comme l'AMC se réuniront pour trouver des « solutions durables ».

L'enquête menée pour recueillir les données du rapport a été envoyée à 4233 spécialistes qui ont obtenu leur certification en 2011 et 2012. Le taux de réponse a été de 32,4 %.

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