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Le point de vue des médecins au sujet des enjeux de fin de vie varie énormément, révèle un sondage de l'AMC

Un sondage réalisé auprès des membres de l'AMC au sujet des principaux enjeux de fin de vie a révélé que seulement 20 % des répondants accepteraient de participer si l'euthanasie était légalisée au Canada, tandis que le double (42 %) refuserait. Près du quart des répondants (23 %) ne savaient pas comment ils réagiraient et 15 % n'ont pas donné de réponse.

Les résultats sont semblables en ce qui a trait à l'aide médicale au suicide : 16 % des répondants donneraient leur assistance tandis que 44 % la refuseraient. Près du quart (26 %) des répondants ne savaient pas comment ils réagiraient et 15 % n'ont pas donné de réponse.

Dans l'euthanasie, le médecin effectue le geste qui cause la mort du patient. Dans l'aide au suicide, le médecin procure au patient les moyens de se suicider, habituellement des médicaments d'ordonnance. La politique de l'AMC, dont la dernière révision date de 2007, stipule que « Les médecins du Canada devraient s'abstenir de participer à l'euthanasie ou à l'aide au suicide. »

La décision de procéder au sondage électronique, auquel 2125 répondants ont participé, a été prise par le Conseil d'administration de l'AMC en mai 2011, en raison du nombre croissant d'enjeux légaux et déontologiques soulevés par la question des soins médicaux et de la prise de décisions pour les patients mourants. L'AMC a aussi entrepris une révision de ses politiques en vigueur dans ce domaine.

Le Dr Jeff Blackmer, directeur de l'éthique à l'AMC, a expliqué que la révision s'impose à la lumière de l'évolution des valeurs sociétales, des nouvelles technologies et des changements du cadre législatif. « Je crois que l'on peut établir un parallèle avec le Code de déontologie de l'AMC, qui a été révisé plus d'une dizaine de fois depuis 1868, dit-il. Devant des enjeux aussi complexes, rien n'est immuable. Nous devons veiller à demeurer à jour. »

Le Dr Blackmer souligne que les questions de fin de vie attirent l'attention du législateur sur plusieurs fronts différents. Le Québec, par exemple, a déjà prévenu qu'il compte « légaliser » l'aide médicale à la mort en refusant de faire appliquer la loi fédérale en vigueur qui interdit cette pratique.

Il fait aussi remarquer qu'il y a un enjeu parmi les questions de fin de vie qui est très distinct de l'euthanasie et de l'aide médicale au suicide : le droit du médecin de retirer le traitement ou de s'abstenir de le donner s'il le juge futile. Le Dr Blackmer mentionne qu'une décision de la Cour suprême du Canada sera rendue sous peu dans une affaire portant sur cette question.

Le sondage de l'AMC a révélé que plus de la moitié des répondants (59 %) se sont abstenus de procéder à une intervention de maintien de la vie suite à la demande d'un patient. Un répondant sur six (16 %) avait reçu une demande d'euthanasie de la part d'un patient au cours des cinq années précédant le sondage (32 % des médecins de famille). Un quart des répondants (24 %) croient que l'aide au suicide devrait demeurer illégale (un autre 14 %, qu'elle devrait probablement demeurer illégale), tandis que 34 % en tout ont répondu qu'elle devrait probablement ou certainement demeurer illégale. Les réponses au sujet du statut de l'euthanasie ont été presque identiques à celles portant sur l'aide au suicide et elles demeurent pratiquement inchangées par rapport aux réponses à celles d'un sondage effectué par l'AMC sur la question en 1993.

La présidente de l'AMC, Anna Reid, a dit que l'Association a effectué le sondage pour une raison très simple. « Ces questions sont complexes et nous voulons être certains de savoir exactement ce qu'en pensent nos membres, a-t-elle dit. L'expression "soins en fin de vie" signifie différentes choses pour différentes personnes. Pour certaines, il s'agit des soins palliatifs et pour d'autres, il s'agit d'euthanasie ou d'aide au suicide. L'AMC tente simplement de jeter un éclairage sur un enjeu très complexe. »

La Dre Reid a dit que les médecins devaient s'attendre à entendre parler beaucoup plus des soins en fin de vie à l'avenir. " Il ne fait nul doute que ce sujet fera l'objet des discussions au cours de notre assemblée annuelle en août, explique-t-elle. En matière de déontologie médicale en 2013, c'est la question de l'heure. "

Les résultats du sondage sont jugés précis à ± 2,1 %, 19 fois sur 20.

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