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Le statut de spécialiste accordé aux médecins de soins palliatifs pourrait contribuer au recrutement

Sous les pressions démographiques qui poussent la question des soins de fin de vie en tête des priorités médicales, légales et politiques, les médecins qui fournissent la majorité de ces soins au Canada sont enfin admissibles au statut de spécialiste.

La Dre Doris Barwich, présidente de la Société canadienne des médecins de soins palliatifs (SCMSP), annonce que la médecine palliative est maintenant officiellement reconnue comme une surspécialité de deux ans par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Cela signifie qu’un plus large éventail de possibilités de formation sera offert aux médecins actuels et futurs qui concentrent leur travail sur les soins palliatifs.

Dans le cadre du programme du Collège royal, la médecine interne, l’anesthésiologie, la neurologie et la pédiatrie seront les spécialités de base, mais les médecins d’autres spécialités, y compris la médecine familiale, « seront admis dans cette surspécialité s’ils peuvent faire preuve des compétences prérequises ».

« L’établissement de ces compétences fait aussi en sorte que le Canada rejoint les autres nations occidentales dans la reconnaissance des compétences importantes des médecins de soins palliatifs », a expliqué la Dre Barwich dans une lettre du mois de décembre adressée aux membres de la SCMSP. La Société, fondée en 1993, compte plus de 300 membres.

La Dre Susan MacDonald, directrice médicale des soins palliatifs de la Régie de santé de l’Est à St. John’s, a affirmé que jusqu’à maintenant, les médecins pouvaient compléter une année accréditée de « compétences additionnelles » en soins palliatifs par le biais du Collège royal ou du Collège des médecins de famille du Canada. Cette formation donnait droit à un certificat, mais ne conférait pas le statut de spécialiste.

La Dre MacDonald a expliqué que le nouveau programme de formation de deux ans, qui est toujours en cours de développement, équipera mieux la médecine pour répondre aux besoins d’une société vieillissante et améliorera la formation en soins palliatifs pour les maladies non cancéreuses. « Cette nouvelle surspécialité augmentera la visibilité de la médecine palliative et stimulera la défense des intérêts dans ce domaine », a-t-elle déclaré.

Le président de l’AMC, Louis Hugo Francescutti, ancien président du Collège Royal, se réjouit de cette annonce. « Compte tenu de l’évolution démographique actuelle, c’est une décision opportune », a-t-il dit. « Dans 20 ans, le quart d’entre nous serons âgés de 65 ans ou plus, une proportion qui doublera presque celle d’aujourd’hui. Nous devons nous préparer à ce changement et le fait d’étendre notre expertise en soins palliatifs est un autre pas dans cette direction. »

Le Dr Francescutti ajoute que l’AMC espère aussi que cette reconnaissance « contribuera au développement d’une stratégie véritablement nationale pour faire face à tous les enjeux imminents » résultant du vieillissement de la population du Canada.

Maintenant que la médecine palliative est reconnue comme surspécialité, dans quelle mesure réussira-t-elle à attirer les médecins ?

La Dre MacDonald, présidente désignée de la SCMSP, espère que la reconnaissance de la surspécialité contribuera à attirer de nouvelles recrues. Elle reconnait toutefois que ce ne sera pas chose facile.

« Les disciplines comme la gériatrie, la médecine familiale et la médecine palliative ne sont pas considérées comme étant aussi ‘sexy’ que la cardiologie ou la chirurgie traumatologique », a-t-elle expliqué, en ajoutant, et non seulement par plaisanterie, « si seulement quelqu’un comme George Clooney pouvait jouer le rôle d’un médecin de soins palliatifs dans un grand film ».

Elle ajoute que l’éducation aura un rôle important à jouer dans l’évolution des mentalités. « Je crois que nous devrons nous efforcer de faire comprendre aux gens les joies et les avantages considérables du travail en médecine palliative. Si nous sensibilisons les gens et que nous puisons dans la résonance affective des médecins avec ceux qui souffrent, nous pourrons progresser. »

Elle croit en effet que les attitudes changent. « À l’Université Memorial, j’ai modifié le cours en entier pour transformer un cours magistral en cours expérientiel par l’utilisation d’études de cas, de films, d’entrevues et de discussions en grands groupes portant sur les attitudes des étudiants au sujet de l’échec, de la peur et de la mort », a-t-elle ajouté. « Les étudiants adorent ça – c’est l’une des expériences les mieux cotées de la deuxième année et maintenant, nous sommes inondés d’étudiants qui choisissent de faire leurs stages avec nous. Je suppose que je souscris à la théorie voulant qu’il faille les rejoindre pendant qu’ils sont jeunes. »

Elle croit que la majorité des soins palliatifs seront fournis par des généralistes tels que les médecins de famille et les internistes. « Je n’essaie pas de convaincre les étudiants de devenir des médecins de soins palliatifs. Je tente de leur faire comprendre que peu importe la discipline dans laquelle ils se retrouveront, ils seront des fournisseurs de soins palliatifs. »

« Je leur dis aussi que je n’ai pas choisi les soins palliatifs, ce sont eux qui m’ont choisie. Je suis très satisfaite du résultat, et je rentre chez moi chaque soir satisfaite d’avoir amélioré les choses pour des patients qui autrement auraient souffert davantage si je ne les avais pas vus. En d’autres termes, je fais ce que j’aime et j’y vois de la valeur. Que peut-on vouloir de plus ? »

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