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Le spectre du chômage plane sur les nouveaux chirurgiens orthopédiques, dit l'ACO

En réponse à la « crise du chômage » à laquelle sont confrontés les nouveaux chirurgiens orthopédiques, l'Association canadienne d'orthopédie (ACO) a réclamé l'imposition « immédiate » de mesures de réduction du nombre de places en résidence.

« [Nous] reconnaissons que le chômage élevé chez les diplômés en orthopédie est un grave problème pour la profession et sa capacité à servir la société en général », a déclaré l'ACO, une affiliée de l'AMC, dans un énoncé de principe publié récemment. « Nous estimons en outre tout à fait inacceptable qu'une telle situation perdure. »

Le Dr Ed Harvey, président de l'ACO, explique que l'association s'attend à ce qu'aucun poste ne soit disponible pour la cinquantaine de chirurgiens orthopédiques qui termineront leur résidence l'an prochain.

Il dit que la situation actuelle comporte de nombreuses incongruités. Par exemple, alors que les nouveaux chirurgiens doivent faire face à un marché de l'emploi extrêmement serré, certains chirurgiens du pied et de la cheville qui exercent à Montréal ont des listes d'attente de six ans.

« Nous savons qu'il y a du travail », affirme le Dr Harvey, chef du Département des traumatismes orthopédiques à l'Université McGill. « Cependant, les ressources gouvernementales requises pour rendre ce travail possible sont limitées, et cela signifie que de nombreux nouveaux diplômés sont laissés pour compte. »

« Un nombre croissant de médecins se disputent des ressources de plus en plus rares », a-t-il expliqué. Dans une présentation récente à des collègues, le Dr Harvey a dit qu'il y a actuellement 107 diplômés en chirurgie orthopédique formés au Canada qui sont sans emploi et que ce nombre devrait s'accroître à 158 l'an prochain.

Dans son énoncé, l'ACO appelle ses membres « à s'informer davantage sur cette question et à prendre les mesures nécessaires pour aider à gérer la situation » et elle propose quatre recommandations :

  • Redistribuer les ressources afin de rendre plus de postes disponibles en milieu hospitalier. « Les patients ont peine à accéder aux soins, ce qui ne fera qu'empirer avec l'augmentation de la demande. Entre-temps, de nouveaux orthopédistes canadiens dûment formés et disponibles pour offrir les services nécessaires ne peuvent pas trouver de poste à temps plein. (…) Il faut mettre en place un plan bien structuré qui tiendra compte des ressources, du nombre d'orthopédistes et des nouveaux modèles de soins pour améliorer l'accès. »
  • Les orthopédistes chevronnés devraient envisager un partage des tâches alors qu'ils approchent de l'âge de la retraite - L'ACO affirme qu'elle « n'imposera pas un âge de départ à la retraite », mais que « les orthopédistes chevronnés qui renoncent à l'exercice de la chirurgie pourraient jouer un rôle déterminant dans la réduction des temps d'attente en établissant des cliniques d'évaluation, de triage et de soins non chirurgicaux ».
  • Rendre les pratiques d'embauche transparentes - « Les stages de formation postdoctorale et les suppléances à la chaîne ne répondent pas aux critères établis pour l'exercice de l'orthopédie à temps plein. L'embauche devrait être un processus transparent et en temps réel qui donne à l'ensemble des diplômés qualifiés une chance égale de poser leur candidature. »
  • Réduire le nombre de résidents - Le Canada avait une pénurie d'environ 400 chirurgiens orthopédiques en 2006 et, en conséquence, le nombre de places en résidence a bondi de 35 en 2002 à 82 en 2011. En 2013, il a reculé à 70. « Le Canada forme manifestement un trop grand nombre d'orthopédistes pour les ressources actuelles en milieu hospitalier et une évaluation critique de la situation montre en effet qu'une réduction urgente et importante des places en résidence s'impose. »

Le document conclut qu'« actuellement, le Canada a un surplus de diplômés en orthopédie qui n'arrivent pas à trouver un poste financé en milieu hospitalier. Ils sont donc poussés à suivre une série de formations spécialisées ou à prendre des suppléances dans l'attente de débouchés, voire à se tourner vers les possibilités d'emploi à l'étranger. »

Il ajoute que les chirurgiens praticiens peuvent aider en se renseignant sur la question et en envisageant l'intégration d'un nouvel orthopédiste à un groupe de pratique.

Les chirurgiens orthopédiques ne sont pas les seuls à subir les pressions du marché de l'emploi. Dans un article préparé pour l'édition 2014 du Guide des résidents, une publication de l'AMC destinée aux résidents finissants, le Dr Paul Johnston décrit les difficultés auxquelles il a dû faire face après avoir obtenu son diplôme de l'Université Queens et ensuite complété sa résidence en urologie à l'Université de l'Indiana.

« Il était démoralisant d'apprendre qu'après toutes ces années de formation, personne n'avait vraiment de place pour moi », a-t-il affirmé. « Ça m'a donné un choc : aux États-Unis, je recevais une offre d'emploi par semaine, sinon par jour (…) mais c'était le silence radio total du côté du Canada ».

Le Dr Johnston, qui a depuis commencé à exercer à St. John's, explique que certains de ses collègues habitent chez leurs parents et ne sont capables d'exploiter que le tiers d'un cabinet régulier en urologie. « Ils ont sacrifié leur vingtaine à leur formation et maintenant ils se retrouvent devant rien », a-t-il déclaré.

Le Dr Harvey affirme que la recherche de solutions va se poursuivre. « Nous savons que la situation des effectifs médicaux est cyclique », a-t-il conclu. « J'ai commencé à pratiquer en 1996 et la situation était désastreuse à ce moment-là aussi. Mais ça ne veut pas dire que c'est acceptable. »

Plusieurs organismes nationaux s'emploieront à trouver des solutions au cours de la nouvelle année. Le sujet sera prioritaire à l'ordre du jour de la réunion de février du Forum des spécialistes de l'AMC, qui représente plus de 40 groupes de spécialités.

Le même mois, l'AMC sera l'un des nombreux groupes nationaux représentés lorsque le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada accueillera un sommet sur la question du chômage. Le sommet fait suite à récent sondage effectué par le Collège royal qui a déterminé que 16 % des nouveaux spécialistes et surspécialistes au pays n'arrivent pas à trouver du travail.

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