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L’aide à mourir domine le débat

Pour la troisième année consécutive, les soins de fin de vie et l’aide à mourir viennent en tête de liste au cours de l’assemblée de l’AMC.

Au cours d’une discussion interrompue de trois heures le 24 août – dans le contexte de la 148e assemblée annuelle à Halifax – les 275 délégués ont abordé trois grandes questions :

  • Quels sont les processus à suivre après qu’un patient demande de l’aide médicale à mourir?
  • Qui a droit à l’aide médicale à mourir?
  • Comme certains médecins refuseront d’aider quelqu’un à mourir, quels moyens peut on prendre pour s’assurer que les patients ont quand même accès à cette aide?

Les discussions n’ont pas manqué, des dizaines de délégués se présentant au microphone. « Nous avons entendu aujourd’hui les médecins délégués plonger dans le sujet crucial que constitue la responsabilité des médecins dans l’aide à mourir au Canada », a déclaré le président de l’AMC, Chris Simpson, à la fin de la séance. « Pour nous, médecins, il s’agit d’un enjeu qui se trouve au cœur même de notre engagement de fournir des soins de grande qualité à nos patients. »

La discussion de la journée a été lancée par le Dr Jeff Blackmer, qui a signalé que l’AMC n’a jamais pris position pour ou contre l’aide à mourir. « Nous avons des membres qui ont des points de vue divergents sur le problème », a déclaré le Dr Blackmer, vice-président du Professionnalisme médical de l’association. Il a mentionné un sondage récent indiquant que 29 % des membres de l’AMC ont déclaré qu’ils aideraient un patient qui demande de l’aide à mourir.

Le Dr Blackmer a signalé que l’AMC joue un rôle clé dans les coulisses : elle a notamment soumis un mémoire très cité à la Cour suprême du Canada au cours de ses délibérations sur l’affaire Carter et elle a aussi préparé un projet d’approche basée sur les principes pour encadrer l’aide médicale à mourir au Canada. L’avocat Jean-Pierre Ménard a aussi présenté aux délégués une séance d’information détaillée au sujet de la loi québécoise sur l’aide médicale à mourir, qui entre en vigueur le 10 décembre 2015.

Le débat qui a suivi a clarifié plusieurs points importants.

Tout d’abord, les étudiants en médecine et les médecins résidents présents à la réunion de Halifax se sont prononcés fermement contre le fait que l’on permette aux médecins qui refusent de fournir de l’aide médicale à mourir de refuser aussi de diriger un patient qui recherche le service. « Notre rôle consiste non pas à dire aux patients quoi faire, a déclaré un étudiant en médecine, mais plutôt à leur faire part des faits. »

Un médecin résident du nord du Manitoba a ajouté qu’ : « Il faut nous rappeler que le patient passe en premier. »

Une autre médecin – représentant la Christian Medical and Dental Society – a toutefois soutenu qu’il ne fallait pas rendre obligatoire la recommandation à un tiers des patients qui cherchent de l’aide à mourir. Elle a déclaré que cette recommandation « équivaut à participer » à l’aide à mourir. Femme médecin observatrice à la réunion, qui comme beaucoup de ses nombreux collègues a pris la parole au cours de la séance, elle a déclaré qu’elle avait voyagé de Halifax à Vancouver à ses propres frais pour se faire entendre. « Je ne veux pas qu’on m’impose la recommandation obligatoire. »

« Ce que nous avons vu aujourd’hui, c’est un véritable leadership réfléchi », a déclaré le Dr Simpson aux délégués à la fin de la séance. « Nous avons tenu aujourd’hui un dialogue fructueux sur un sujet difficile – à Calgary il y a deux ans, nous n’avons même pas pu nous entendre sur la définition à utiliser. »

Le Dr Simpson a ajouté que les discussions du 24 août serviront lorsque l’AMC rédigera la version définitive de son document de travail sur les soins de fin de vie. Les discussions d’aujourd’hui ne visaient pas à rouvrir le débat sur le caractère moral ou juste de la décision de la Cour suprême… Les résultats de la discussion d’aujourd’hui permettront à l’AMC d’aller de l’avant de concert avec les organismes de réglementation, les gouvernements et d’autres intervenants pour essayer de trouver une solution qui n’obligera pas les médecins à participer à l’aide à mourir en agissant à l’encontre de leurs croyances morales ou religieuses tout en… s’assurant que les patients admissibles ont accès à ce service.

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