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La dernière réunion de l’AMC en Nouvelle-Écosse a été dramatique

La dernière réunion du Conseil général de l’Association médicale canadienne à se tenir en Nouvelle-Écosse a donné lieu à un échange d’une ultime importance sur le rôle des médecins dans la réforme du système national de santé.

En août 1996, dans un stade de hockey surchauffé, les délégués de l’AMC ont lancé une polémique historique dont on parlait encore des années plus tard.

En effet, les médecins du pays se sont vivement affrontés sur l’introduction et la bonification possibles d’une assurance maladie privée vu l’intention des gouvernements fédéral et provinciaux de serrer les cordons de la bourse.

Au cours des quelques années suivantes, certains observateurs ont vu dans le débat de Sydney le début d’une controverse durable portant sur la défense du modèle canadien d’assurance maladie.

En fin de compte, les propos tenus ce jour-là contribueraient à ralentir la création d’un système privé parallèle, à définir les services de base financés par l’État, ou « services médicalement nécessaires », et à gérer son utilisation de manière plus intensive.

Pourtant, le mouvement qui émergeait dans la salle du Conseil ce matin-là se dirigeait manifestement vers l’approbation d’une motion exigeant que l’AMC mène un débat national sur la « place légitime de l’assurance privée réglementée pour services médicaux ».

Une autre motion demandait à l’AMC de proposer des modèles de soins de santé parallèles non financés par l’État.

Les délégués des provinces dites favorisées préconisaient un système parallèle, alors que ceux des provinces dites défavorisées se ralliaient pour repousser ce mouvement, car en appuyant ce genre de déloyauté, affirmaient-ils, l’AMC et l’ensemble de la profession s’attireraient les foudres de quantité d’autres secteurs.

C’est ainsi que la situation évoluait jusqu’à ce que le Dr Jack Armstrong monte au podium et endigue presque à lui seul le raz-de-marée.

Ce pédiatre de Winnipeg, ancien président de l’association médicale du Manitoba (devenue Doctors Manitoba) et président sortant de l’AMC à l’époque, était largement réputé comme un homme modeste et bienveillant, ainsi qu’un ardent ténor du système public et des mesures propres à assurer la qualité des soins de santé aux communautés autochtones.

Il craignait que les gouvernements ne soient « entièrement déresponsabilisés » si les médecins canadiens favorisaient un système de santé privé pour les services essentiels de quelque façon que ce soit.

L’AMC « périrait dans les flammes » si elle était vue comme faisant partie des premiers organismes à revendiquer un financement privé, et l’assurance maladie deviendrait vite une « coquille vide », d’ajouter le Dr Armstrong, récipiendaire de l’Ordre du Canada, décédé durant une réunion de l’AMC, en 2006, après une longue maladie.

Bien que ses opinions soient depuis monnaie courante, à l’époque, elles étaient radicales au point d’attirer l’attention générale dans la salle. Après son tour, d’autres délégués se sont ralliés pour le défendre.

« Il est fallacieux de prétendre préconiser la paix tout en sortant l’artillerie », avait déclaré un collègue.

Alors que les sympathisants du financement privé passaient la matinée à défiler au microphone, les défenseurs de l’assurance universelle reprenaient les propos du Dr Armstrong pour appuyer leur campagne.

Au début, il semblait que les deux résolutions seraient vite et facilement adoptées, mais ses paroles ont mené à leur rejet par un vote serré.

Passionné et impromptu, le plaidoyer du Dr Armstrong a donné le ton à une séance qui s’est conclue par un rejet décisif d’autres motions favorisant un système à deux vitesses.

Il n’a toutefois pu convaincre les délégués de rejeter une motion demandant à l’AMC de piloter un débat national sur l’assurance privée réglementée, débat dont l’AMC est depuis le fer de lance.

Les commentateurs nous rappellent de ne jamais douter qu’un petit groupe de citoyens sérieux et engagés, voire une seule personne, peut changer le monde. C’est ce qui s’est manifesté ce jour-là à Sydney.

Matt Borsellino est l’ancien correspondant national du Medical Post

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