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Nouveau règlement sur la marijuana : l’AMC incite à la prudence

Un nouveau règlement sur l’utilisation de la marijuana à des fins médicales entrera en vigueur au Canada le 1er avril. L’AMC maintient toutefois catégoriquement sa position : elle n’appuiera pas l’utilisation médicale de cette drogue tant que les nombreuses questions au sujet de son innocuité, de son efficacité, de la posologie et du mode d’administration resteront sans réponse.

« Le nouveau règlement ne répond pas aux préoccupations de longue date des médecins », a déclaré le président de l’AMC, Louis Hugo Francescutti, après la réunion de février du Conseil d’administration de l’AMC. « La situation est demeurée telle que nous l’avions décrite lorsque le nouveau règlement a été publié en juin dernier : demander aux médecins de prescrire une substance qui n’a pas fait l’objet d’essais cliniques est contraire à notre formation et à notre code de déontologie. »

Le nouveau règlement exigera que toute la marijuana utilisée à des fins médicales soit achetée auprès de producteurs autorisés. Auparavant, les utilisateurs à des fins thérapeutiques pouvaient l’acheter de Santé Canada ou obtenir la permission de la cultiver pour consommation personnelle.

Le Dr Francescutti explique que l’AMC avait présenté les préoccupations des médecins au gouvernement fédéral avant même que le premier règlement sur la marijuana ne soit élaboré en 2001. Depuis, l’Association a émis 11 mémoires, résolutions et documents de politiques additionnels et rencontré des fonctionnaires de Santé Canada à de nombreuses reprises.

« Nous répétons aujourd’hui les mêmes choses au sujet de la marijuana que nous affirmions en 2001 – à savoir que nous n’avons pas l’information dont nous avons besoin concernant la posologie à des fins médicales, par exemple, ou l’interaction avec divers médicaments », a ajouté le Dr Francescutti. « Notre message a toujours été le même : les médecins doivent faire preuve d’une grande prudence en ce qui a trait à la marijuana à des fins médicales. »

L’Association canadienne de protection médicale (ACPM) est du même avis. Les conseils qu’elle a publiés en octobre dernier déclarent que les médecins « ne sont pas tenus de remplir un document médical pour l'usage de la marihuana thérapeutique s'ils ne connaissent pas bien son utilisation à cette fin ou s'ils estiment que cette substance ne convient pas du point de vue médical ».

L’ACPM indique par ailleurs que les médecins doivent connaître les règlements et politiques de leurs collèges respectifs. Cependant, la plupart des collèges – ceux de l’Alberta et de la Saskatchewan sont des exceptions récentes – n’ont pas de politiques sur la marijuana thérapeutique.

Bien que le nombre d’autorisations pour utilisation de la marijuana à des fins médicales soit en hausse (atteignant 38 507 en novembre 2013), deux provinces comptent pour 78 % des utilisateurs (19 265 en Colombie-Britannique et 10 876 en Ontario).

L’AMC a sondé ses membres et le public sur cette question. Un sondage réalisé en 2013 auprès de Canadiens a indiqué que 85 % d’entre eux étaient d’avis que la marijuana devrait être soumise aux mêmes mécanismes de mise à l’essai et d’approbation que les autres médicaments d’ordonnance.

De plus, dans un sondage réalisé en juin 2012 auprès des membres de l’AMC, 70 % des répondants ont indiqué que les patients leur posaient rarement (42 %) ou jamais (28 %) de questions au sujet de la marijuana. La grande majorité des répondants (85 %) étaient d’avis qu’il leur serait utile d’avoir de l’information au sujet des risques et des avantages possibles de la marijuana.

Le Dr Francescutti a affirmé que l’AMC continuerait à suivre cette question de près. L’Association attend que Santé Canada publie une déclaration de consensus sur la marijuana plus tard cette année, mais le Dr Francescutti prévient que celle-ci sera fondée sur le peu de données probantes actuellement disponibles.

« Nous allons aussi procéder à une nouvelle consultation des membres afin de nous assurer d’avoir leurs commentaires », a-t-il ajouté. « Une séance d’information a déjà été prévue dans le cadre de l’Assemblée annuelle de l’AMC, en août prochain. »

« Pour le moment, notre politique existante prévaut. Tant que nous ne posséderons pas de données scientifiquement valides, nous n’appuierons pas son utilisation. Je crois que ma prédécesseure, la Dre Anna Reid, avait déclaré à juste titre que demander aux médecins de rédiger des ordonnances de marijuana en l’absence de preuves cliniques appuyant son usage équivalait à leur demander de faire leur travail les yeux fermés. »

Pour aider les médecins à comprendre les enjeux entourant la marijuana, l’AMC affichera sur amc.ca, à compter du 19 mars, de l’information à jour et des ressources au sujet de l’utilisation médicale de la drogue.

Questions des patients : Si des patients ont des questions au sujet du nouveau règlement sur l’utilisation de la marijuana, les médecins peuvent les renvoyer au site web de Santé Canada. La politique de l’AMC est aussi disponible en ligne.

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