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​Le travail d’amélioration du bien-être des médecins gagne du terrain : plus de 500 personnes participent à la Conférence internationale sur la santé des médecins coorganisée par l’AMC

​« Nous avons un système parfaitement conçu pour brûler les gens », a affirmé le Dr Anthony Suchman aux quelque 500 personnes venues assister à la Conférence internationale sur la santé des médecins (CISM).

Cette sombre déclaration a donné à réfléchir, mais à la fin de son allocution, le Dr Suchman a égayé l’auditoire lorsqu’il a pris une guitare et s’est mis à chanter Kumbaya – un clin d’œil à ceux qui disent que le bien-être des médecins consiste à « s’asseoir ensemble pour chanter Kumbaya ».

À la fin de l’édition 2018 de la CISM, d’énormes progrès avaient été réalisés pour dissiper ce mythe et mettre en valeur la somme croissante de travail qui se fait dans le domaine du bien-être des médecins. La conférence de cette année, coorganisée par l’Association médicale canadienne (AMC), s’est tenue à guichets fermés, a mis en lumière 82 exposés et ateliers et près de 100 présentations sur affiches, et a attiré des participants venus d’aussi loin que la Nouvelle-Zélande.

L’événement de trois jours portait sur les trois « volets » du bien-être des médecins : le changement personnel, le changement systémique et le changement culturel.

Le projet pilote Breathe, à l’Hôpital St. Michael’s, est un exemple du travail effectué dans le volet « personnel ». Cette équipe met à l’essai la réalité virtuelle (RV) comme moyen de réduire le stress des médecins. Les médecins résidents qui travaillent la nuit à l’hôpital prennent une courte pause pour mettre une paire de lunettes de RV et naviguer dans l’application de relaxation « Lumen ». Leur rythme cardiaque et autres signes vitaux sont observés afin de voir dans quelle mesure on constate une réduction du stress. Pendant que les essais se poursuivent, le Dr Tomas Saun – médecin résident de quatrième année – qui se fait le champion du projet, voit la RV comme un autre outil possible pour aider les médecins à faire face au bruit et au chaos d’une nuit d’hôpital achalandée.

Le changement systémique est un autre volet qui a suscité beaucoup d’intérêt à la CISM.

La Dre Barbara McAneny, présidente de l’Association médicale américaine, a parlé du travail de son organisation pour normaliser le codage des interventions afin que les médecins aient à consacrer moins de temps à la saisie de données et plus de temps aux soins des patients. Elle a ajouté qu’il faut présenter l’amélioration du bien-être des médecins comme une question de rentabilisation, citant une étude de la société Rand qui estime à plus d’un million de dollars le coût du remplacement d’un médecin qui quitte la pratique.

La culture médicale et le changement culturel visant à mieux appuyer les médecins constituaient le troisième volet de la conférence, mais l’enjeu a été abordé dans presque tous les exposés.
Permanente Medical, un groupe américain regroupant 9 000 médecins, 60 cliniques et 30 hôpitaux, a présenté un atelier sur la façon dont il s’est attaqué à ce changement de culture en enseignant aux directeurs médicaux un leadership suivant un « modèle de bien-être ». Il s’agissait notamment de prendre des pauses-repas, de ne pas envoyer de courriels à 4 h du matin et d’apprendre à prioriser ce qui est « urgent ».

La Dre Jessica Mahoney, pédiatre et chef de la santé et du bien-être des médecins chez Permanente, affirme que le changement de culture s’étend même au langage. « On dit souvent que les médecins sont "aux premières lignes", mais nous ne sommes pas dans l’armée. Ces mots signifient quelque chose parce qu’ils créent une mentalité », a déclaré la Dre Mahoney.

En plus de coorganiser la conférence, l’AMC a aussi profité de l’occasion pour présenter ses propres données qui viennent d’être publiées dans le rapport Sondage national de l’AMC sur la santé des médecins. Cet instantané de la santé et du bien-être des médecins du Canada fournit non seulement des données à jour sur des questions comme l’épuisement professionnel, le dépistage de la dépression et la propension des médecins à demander de l’aide, mais il s’agit aussi d’un outil pour éclairer les initiatives à venir.

Comme l’a expliqué dans son discours d’ouverture la présidente de l’AMC, la Dre Gigi Osler, « il s’agit vraiment d’aller au-delà des faits et des données et de passer à l’action ».

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