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Votre avenir numérique vous attend

La réalité, c’est qu’un milieu de pratique électronique devient la nouvelle norme. Chaque médecin doit alors se demander sérieusement à quel moment prendre le virage numérique, sinon avoir de très bonnes raisons de ne pas le faire.

Dre Ruth Collins-Nakai (présidente de l’AMC, 2005-2006), dans La pratique de l’avenir, le 11 avril 2006

Lorsque ma prédécesseure a écrit ces mots, il y a neuf ans, on pouvait encore choisir de fonctionner avec des documents papier dans un milieu de soins, sans utiliser les technologies de l’information.

Or, ce n’est plus là un choix viable.

Pour le meilleur ou pour le pire, les médecins du Canada finiront par pratiquer dans un milieu numérique. Pour la plupart, les médecins sont d’avis que les outils et la connectivité que permettent les dossiers médicaux électroniques (DME), les appareils numériques et la télémédecine les rendront, en bout de ligne, plus productifs et leur permettront d’offrir de meilleurs soins.

Malheureusement, bien des médecins qui aimeraient abandonner les dossiers sur papier ne le peuvent pas parce que les DME et les systèmes de partage des données ne sont pas facilement accessibles (ou ne sont pas supportés) dans leur milieu de pratique. Et même ceux qui ont adopté les DME doivent souvent, encore, rédiger des ordonnances sur papier, accepter des télécopies sur papier ou recevoir des rapports de consultants ou des demandes de consultation sur papier.

Cette réalité est mise en lumière par les résultats du plus récent Sondage national des médecins (SNM) présentés dans ce numéro. Dans l’ensemble, le sondage révèle une situation positive. Le nombre de médecins qui utilisent les DME continue d’augmenter. Dans certaines administrations, presque tous les médecins de famille admissibles à un système de DME en ont un.

Il reste toutefois énormément de lacunes. Dans des provinces comme le Nouveau-Brunswick (37,9 %) et le Québec (36,5 %), plus du tiers des médecins utilisent encore exclusivement des dossiers sur papier pour consigner les renseignements des patients. Même en Alberta, où 39,9 % des médecins disent utiliser exclusivement un système de DME pour consigner ou consulter les informations des patients, près de la moitié disent utiliser encore une combinaison de dossiers sur papier et électroniques.

À un moment où près de la moitié de tous les médecins disent utiliser une application mobile dans leur pratique et où de nombreux médecins, y compris moi, consultent les informations des patients sur un appareil mobile ou une tablette, il y a encore des médecins qui signalent ne pas même pouvoir utiliser un ordinateur dans leur cabinet pour entrer les dossiers, parce qu’ils n’ont pas accès aux appareils ou aux systèmes voulus.

Les données du SNM indiquent clairement qu’il faut en faire davantage à l’échelle nationale pour mettre suffisamment de ressources à la disposition des médecins du Canada afin de leur permettre d’adopter des systèmes de DME.

Il faut aussi consacrer beaucoup d’efforts à aider les médecins alors qu’ils tentent d’utiliser au mieux leurs DME pour offrir de meilleurs soins aux patients. Le SNM révèle que de nombreux médecins se servent encore des DME simplement comme d’un instrument d’entrée de données. Nous devons offrir le soutien nécessaire pour montrer à nos collègues comment utiliser les systèmes plus efficacement. Un appui à la gestion du changement est aussi vital, car l’implantation des DME dans la pratique peut être une démarche lente et frustrante, comme en témoignent les médecins de la première heure du numérique.

Un travail important doit aussi se faire au niveau national pour imposer des normes d’interexploitabilité qui permettront aux systèmes d’échanger facilement des données. Beaucoup de dollars et d’efforts ont été dépensés pour nous amener au point où nous pouvons même penser à l’interexploitabilité. Cet effort doit se poursuivre.

Par ailleurs, il est louable de dire « un patient, un dossier », comme on le fait dans certaines provinces, notamment en Alberta, à l’Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse, mais une telle démarche peut se révéler longue et coûteuse. Le temps pourrait être mieux consacré à réaliser de petits progrès pour soulager les frustrations des médecins qui doivent interagir avec sept différents systèmes de dossiers de laboratoire ou qui ne peuvent pas échanger des données avec leur hôpital communautaire local.

Ce qu’il faut maintenant, c’est un bon sens des affaires, un esprit de collaboration et des messages congruents de la part de tous les intervenants. L’interexploitabilité est une priorité. Nous espérons que ceux qui fournissent les DME et ceux qui, au sein des gouvernements, peuvent imposer des normes, sont à l’écoute.

Comme l’a dit Jennifer Zelmer d’Inforoute Santé du Canada : « En bout de ligne, lorsque le patient est devant vous, c’est l’information qui compte, et pas nécessairement la plate-forme qui se trouve en aval. »

Le Dr Chris Simpson est le président de l’Association médicale canadienne