Association médicale canadienne

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Heather D. Marshall, Ph. D.

4 octobre 2022

Vers la fin de 2019, un coronavirus inconnu et non caractérisé a été transmis de l’animal à l’humain. L’incident aurait pu passer inaperçu, n’eût été la capacité de ce coronavirus à se propager facilement d’une personne à l’autre. Ce saut d’espèce a marqué le début de la pandémie de COVID-19.

Le « saut d’espèce » ou transmission d’un agent pathogène animal à l’humain est également appelé « transmission entre espèces », « transmission de maladies zoonotiques » et « transmission de zoonoses ». La plupart des cas de propagation de virus de l’animal à l’humain n’entraînent pas de pandémie, comme celle du SRAS-CoV-2, car des conditions précises doivent être réunies pour permettre la réplication et la transmission de l’agent pathogène au sein d’une nouvelle espèce. Lorsque ces conditions sont présentes, on parle d’émergence. Les agents pathogènes susceptibles de se propager et de causer des maladies chez l’humain sont donc classifiés comme des agents pathogènes émergents.

Certains des agents pathogènes émergents les plus notables sont des virus de la grippe dont on sait qu’ils se propagent des oiseaux et des porcs aux humains. Si des virus de la grippe circulent facilement entre les personnes (la grippe saisonnière), d’autres virus, comme ceux de la grippe aviaire, se transmettent parfois entre les espèces, entraînant un risque de pandémie. La majorité de ces virus n’ont toutefois pas la capacité de se propager de manière importante chez l’humain, ne provoquant que des éclosions isolées.

Un virus nouvellement caractérisé appelé Langya, cousin des virus Hendra et Nipah, s’est récemment propagé de l’animal à l’humain. Ce virus a été détecté dans l’est de la Chine chez 35 patients souffrant d’une maladie respiratoire fébrile. Ces patients n’ayant eu aucun contact physique, le virus ne semble pas s’être propagé d’une personne à l’autre. La surveillance et le séquençage des animaux sauvages de la région ont permis d’établir que les musaraignes étaient vraisemblablement le réservoir naturel du virus. La façon dont les patients ont été contaminés reste toutefois incertaine, mais il est possible qu’ils aient été exposés au virus par un contact direct avec une musaraigne ou par l’entremise d’un autre animal, car la plupart d’entre eux étaient des agriculteurs interagissant souvent avec des animaux.

Les activités qui entraînent davantage de contacts entre les humains et les animaux, de la déforestation à la manipulation et à la transformation du gibier, sont associées à la transmission de virus de l’animal à l’humain. Parfois, ce saut d’espèce fait intervenir un hôte intermédiaire : l’agent pathogène est transmis de l’animal qui lui sert de réservoir naturel à un autre animal avant de passer à l’humain. Dans le cas du virus Hendra, par exemple, les chauves-souris sont le réservoir naturel, mais c’est par les chevaux que les humains contractent le virus. Les chauves-souris sont également un réservoir naturel pour les coronavirus, mais des humains ont été infectés par des chameaux (dans le cas du MERS-CoV) et des civettes palmistes (dans le cas du SRAS-CoV-1). On ignore actuellement si le SRAS-CoV-2 est passé par un hôte intermédiaire ou s’il s’est propagé directement de la chauve-souris à l’humain.

Dans Spillover, bestseller du New York Times publié en 2012, David Quammen a prédit une pandémie presque huit ans avant l’émergence du SRAS-CoV-2 :
« Lorsque le prochain grand virus fera son apparition, il utilisera probablement le même schéma pervers [que le SRAS-CoV-1], où une forte infectivité précède les symptômes notables. Il pourra ainsi se propager dans les villes et les aéroports comme une traînée de poudre mortelle. » [Traduction]

J’ai eu des frissons en relisant ce passage récemment et en repensant aux débuts de la pandémie de COVID-19. Les données recueillies sur le navire de croisière Diamond Princess et d’autres enquêtes épidémiologiques suggéraient une propagation présymptomatique et potentiellement asymptomatique du virus SRAS-CoV-2. Lorsqu’un agent pathogène est transmis par la toux et les éternuements de personnes malades, il est plus facile à contenir, car les malades peuvent être identifiés et isolés. La capacité du SRAS-CoV-2 à se propager par des personnes qui ne savent pas qu’elles sont infectées augmente considérablement son potentiel de diffusion rapide et l’a aidé, comme l’a écrit David Quammen, à « se propager dans les villes et les aéroports ».

Comme la transmission de maladies zoonotiques n’est pas rare, la surveillance à l’échelle mondiale est une stratégie importante pour détecter la propagation de virus de l’animal à l’humain et sonner l’alarme en cas de pandémie. Dans le cas de transmission interhumaine, la communication et la coordination sont cruciales. Les mesures de contrôle des infections, la caractérisation rapide et le développement de réactifs pour le dépistage, de vaccins et d’agents thérapeutiques sont nos meilleurs espoirs pour contrôler le prochain grand virus. 


L’article original a été publié en anglais sur la plateforme EBSCO Health Notes. Rédigé par :

  • Heather D. Marshall, Ph. D., responsable du contenu en matière de santé publique chez DynaMed 

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