Association médicale canadienne

En médecine, le perfectionnisme se manifeste par des normes de travail rigides ou inutilement élevées ou l’exigence d’un travail irréprochable pour soi-même ou pour les autres.

Les étudiants en médecine doivent trouver un équilibre entre viser des normes élevées, qui peuvent motiver et dynamiser, et se fixer des attentes irréalistes en matière de performance, qui peuvent être source de stress.

Causes et effets du perfectionnisme en médecine

On attend des médecins qu’ils connaissent toutes les réponses – et comme les erreurs médicales peuvent avoir des conséquences mortelles, de nombreux étudiants pensent qu’ils doivent être parfaits en tout temps. La perfection constante étant impossible à atteindre, cela peut avoir des répercussions négatives sur le bien-être mental.

Les perfectionnistes peuvent être tellement concentrés sur la prévention des échecs qu’ils négligent de prendre soin d’eux-mêmes. Ils sont souvent malheureux même lorsqu’ils réussissent et ont tendance à s’attarder aux détails, ce qui peut les rendre lents et inefficaces. Le sentiment que le meilleur n’est jamais suffisant peut conduire à l’anxiété, à la dépression et aux idées suicidaires, selon des études publiées dans la revue BMC Medical Education et le Journal of Personality.

Stratégies à partager avec les étudiants pour surmonter le perfectionnisme et promouvoir le bien-être mental

Pour surmonter le perfectionnisme et promouvoir le bien-être, la Dre Melissa Whelby recommande les stratégies suivantes :

  • Garder du recul : toute décision ou action n’a pas forcément des conséquences désastreuses. Il faut se demander : « Quelles sont les conséquences potentielles de cette décision ou action? Mon anxiété est-elle justifiée? »
  • Chercher le juste milieu : tout n’est pas noir ou blanc. L’absence de perfection n’est pas synonyme d’échec et ne pas être le meilleur ne signifie pas être le pire.
  • Avoir des attentes réalistes : pratiquer l’autocompassion et éviter les jugements sévères sur soi-même. Se donner des objectifs irréalistes peut conduire à la négligence de soi. Il est déjà assez difficile de répondre aux exigences quotidiennes de la faculté de médecine et de maintenir une vie équilibrée!

Une autre raison d’éviter le perfectionnisme : les erreurs nous aident à apprendre et à grandir. Nous croissons lorsque nous admettons que quelque chose s’est mal passé, que nous analysons ce qui a mené à ce résultat et que nous réfléchissons comment éviter que cela ne se reproduise. Les erreurs peuvent révéler nos forces et nos limites, et nous rendre plus tolérants envers nos collègues, nos camarades de classe et nos patients.

Sehr Khan, étudiante en médecine, souligne que les apprenants devraient aller chercher de l’aide en parlant de leurs échecs avec des amis ou des mentors de confiance au lieu d’essayer d’y faire face seuls. 

Enfin, il est important d’éviter la fausse fierté. Cela signifie qu’il faut éviter l’orgueil, l’arrogance, le besoin de faire ses preuves et le refus du droit à l’erreur, et se permettre d’être vulnérable. Être authentique et sincère est la clé pour se sentir plus naturel et détendu.

Comment instaurer un milieu psychologiquement sécuritaire

Un environnement d’apprentissage psychologiquement sécuritaire peut favoriser les rapports ouverts, les questions actives et la communication fréquente des idées et des préoccupations.

Julie Morath, ancienne chef des opérations des Hôpitaux et cliniques pour enfants du Minnesota (Children’s Hospital and Clinics of Minnesota), a dirigé un programme très efficace de réduction des erreurs médicales. Voici ses cinq principales recommandations :

  • Clarifier les types d’erreurs auxquelles on doit s’attendre. Dans un milieu complexe comme un hôpital, de nombreuses erreurs importantes sont le résultat de plusieurs petits gestes. Il importe donc de diffuser la connaissance et la compréhension des erreurs.
  • Ceux qui ne cachent pas les mauvaises nouvelles, qui posent des questions, qui expriment des préoccupations ou qui avouent des erreurs doivent être récompensés plutôt que sanctionnés. Le signalement sans blâme encourage les étudiants à dénoncer les erreurs médicales et les quasi-accidents de manière anonyme.
  • Demander aux étudiants de proposer des observations et des idées, et leur donner la possibilité de détecter et d’analyser les échecs.
  • Agir comme un modèle positif en faisant preuve d’ouverture sur ce qu’on ne sait pas, en parlant des erreurs qu’on a commises et en admettant les aspects pour lesquels on a besoin d’aide. Cela encourage les autres à faire de même. Indiquer clairement que l’on aura besoin de l’aide de tous pour réduire les erreurs.
  • Les gens se sentent psychologiquement plus en sécurité lorsqu’ils savent quels actes sont blâmables. Si une personne est sanctionnée, il est important d’expliquer aux personnes concernées pourquoi les conséquences étaient justifiées (p. ex., une conduite imprudente, une violation consciente des normes, le fait de ne pas demander de l’aide lorsqu’on est dépassé). Si un apprenant commet la même erreur plusieurs fois, les patients peuvent être en danger; il faut donc redoubler de vigilance.

Autres conseils pour devenir un meilleur éducateur et mentor

Outre la création d’un environnement d’apprentissage psychologiquement sécuritaire, on peut également :

  • donner les moyens aux apprenants en médecine d’identifier, d’analyser et d’éliminer les dangers qui menacent la sécurité des patients, et les soutenir dans cette tâche;
  • s’abstenir d’utiliser la perfection comme un compliment ou une marque d’honneur;
  • apprendre aux étudiants à rechercher l’excellence et la diligence plutôt que la perfection;
  • diffuser des procédures claires et accessibles pour guider les comportements en cas d’erreur;
  • lorsque la situation est chargée en émotions, montrer comment tirer des leçons des erreurs et des quasi-accidents, et trouver un équilibre entre la responsabilité individuelle et systémique;
  • se rappeler ses propres échecs et lacunes pour développer une tolérance;
  • ne jamais faire honte à un étudiant qui échoue ou commet des erreurs.

Attention aux signes du syndrome de l’imposteur

La recherche de la perfection est étroitement liée au syndrome de l’imposteur : un modèle psychologique de peur et de doute de soi qui empêche les gens de croire en leurs propres réalisations.

Le syndrome de l’imposteur peut faire peser sur les étudiants la crainte persistante d’être démasqués comme fraudeurs, malgré leurs bonnes notes et les félicitations des éducateurs.

Robyn Correll propose un aperçu des manières de repérer et d’atténuer le syndrome de l’imposteur.

Les étudiants souffrant du syndrome de l’imposteur peuvent :

  • refuser des occasions d’apprentissage parce qu’ils ne pensent pas qu’ils vont réussir;
  • minimiser leurs réalisations;
  • trop se préparer et se surpasser;
  • s’autosaboter;
  • se sentir anxieux, déprimés et épuisés.

Pour surmonter le syndrome de l’imposteur, il faut apprendre aux étudiants à :

  • rechercher la critique constructive;
  • se concentrer sur leurs points forts et leurs réalisations;
  • apprendre à accepter les éloges;
  • réfléchir à leur propre histoire et à leurs propres circonstances;
  • investir dans des relations positives;
  • repenser leur définition de l’échec;
  • ne pas avoir peur de demander de l’aide, de façon officielle ou informelle.

Le perfectionnisme en médecine et le syndrome de l’imposteur ne sont que deux des problèmes que rencontrent les apprenants en médecine. Utilisez cet article pour aider les apprenants en médecine à établir un état d’esprit de bien-être.

Sujets

Environnement d’apprentissage sécuritaire sur le plan psychologique Instaurer un état d’esprit axé sur le bien-être

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