Association médicale canadienne

Stigmatisation et suicide chez les médecins

Il est temps de mettre fin à la stigmatisation, de soutenir les médecins et d’instaurer une culture médicale plus saine

Malgré le travail accru de sensibilisation, le suicide afflige toujours la profession médicale. Chaque année, il cause la mort d’environ 400 médecins aux États-Unis. Mais en limitant les facteurs de risque et en changeant la culture du milieu, les responsables en santé, les médecins et les étudiants en médecine peuvent changer la donne.

Stigmatisation : loi du silence et souffrance

Le Sondage national de l’AMC sur la santé des médecins a révélé qu’un médecin sur trois présente des symptômes de dépression et que 8 % ont songé au suicide au cours de la dernière année.

Ces problèmes sont amplifiés par l’habitude des médecins à consulter tardivement, voire à ne pas consulter pour des problèmes personnels ou professionnels, surtout s’ils sont d’ordre psychosocial ou psychiatrique. Autre facteur aggravant : 18 % des médecins et des résidents n’ont pas accès à un médecin de famille.

Différentes raisons expliquent l’hésitation des médecins à demander de l’aide, par exemple :

  • la valorisation de l’autonomie et du stoïcisme au sein de la culture médicale, qui les incite à faire fi de leur détresse pour soigner leurs patients;
  • la peur d’être vus comme des êtres faibles ou incapables de gérer leurs responsabilités professionnelles;
  • les préoccupations quant à la confidentialité;
  • l’impression que leur situation n’est pas assez grave;
  • la méconnaissance des services disponibles;
  • la peur d’être réprimandés par leur ordre.

Détection des signes précurseurs et des facteurs de risque de suicide

Signes précurseurs

Les comportements suivants sont des indices d’idées suicidaires et doivent faire l’objet d’une intervention immédiate :

  • Augmentation de la consommation d’alcool ou de drogue
  • Anxiété, agitation, troubles du sommeil ou sommeil excessif
  • Propos exprimant une impression d’être pris au piège, qu’il n’y a plus d’issue
  • Manifestations de désespoir ou d’une perte de motivation
  • Retrait par rapport aux amis, à la famille ou à la société
  • Rage ou colère non maîtrisée
  • Gestes téméraires ou participation à des activités risquées, visiblement sans réfléchir
  • Sautes d’humeur
  • Menace ou volonté de se blesser ou de se tuer
  • Acquisition d’armes à feu, de médicaments ou d’un moyen de se suicider
  • Propos ou écrits sur la mort ou le suicide

Facteurs de risque

Différents facteurs de risque peuvent mener une personne à songer au suicide. En voici quelques exemples :

  • Diagnostic ou antécédents familiaux de maladie mentale ou de comportements suicidaires
  • Tentatives de suicide avérées
  • Expériences négatives durant l’enfance
  • Historique de violence physique, psychologique ou sexuelle
  • Événements marquants qui déstabilisent la personne et son réseau de soutien
  • Manque de sommeil
  • Difficultés ou violence conjugales
  • Difficultés scolaires, dont la non-obtention d’un poste de résidence
  • Facteurs de stress professionnels
    • Ennuis judiciaires
    • Préoccupations générales (p. ex., sécurité d’emploi, exigences accrues, sanctions pour cause d’erreur médicale)
    • Restriction de permis
    • Difficultés financières
    • Isolement professionnel
    • Stigmatisation et risques professionnels associés à la demande d’aide
    • Nature de la profession (traumatisme, question de vie ou de mort)

Pour en savoir plus sur ces facteurs, veuillez lire cet article du CMAJ.

Intervention auprès de collègues en détresse

Il est possible d’aider une personne qui pense au suicide. Si vous soupçonnez qu’un de vos collègues est vulnérable, intervenez sans délai. Parlez-lui sans détour : « Je m’inquiète pour toi. J’ai remarqué [X ou Y]. Est-ce que tu penses à te faire du mal? » Vous pouvez aussi vous inspirer de ces scénarios de l’Association médicale américaine.

Appel à des changements systémiques

Pour que les choses changent, il faut repenser la culture médicale et les systèmes de santé qui glorifient l’abnégation et acceptent les comportements autodestructeurs. Pareils changements ne seront possibles qu’avec les éléments suivants :

Données sur le suicide – Avant de changer la culture, il faut d’abord que le nombre de suicides chez les médecins soit suivi et connu. « Cet enjeu demeure entouré de tant de secrets et de honte », se désole la Dre Sara Taylor dans un article publié dans le CMAJ.

Sécurité psychologique au travail – Afin de promouvoir le bien-être psychologique des médecins, les dirigeants doivent veiller à ce que leurs employés connaissent les ressources en santé mentale, y aient accès de façon confidentielle et aient le temps d’y recourir. Certains établissements se sont dotés de programmes qui favorisent la résilience et le respect de ses besoins personnels. Bon nombre proposent aussi des espaces de détente et d’échange pour le personnel médical.

Soutien par les pairs – Des programmes de soutien par les pairs font leur apparition sur la scène locale et nationale; ils permettent aux apprenants et aux médecins de se réunir (en personne ou en ligne) pour parler de leurs difficultés et s’entraider. Le fait de comprendre ce que vos collègues traversent, de le rattacher à votre propre vécu et d’échanger sur des stratégies d’adaptation peut susciter une prise de conscience, donner de l’espoir et faciliter le rétablissement.

Amélioration du jumelage pour la résidence – Le système canadien de jumelage pour la résidence doit être remanié pour mieux servir les étudiants en médecine. Bien qu’ils étudient assidûment et cumulent des dettes atteignant les six chiffres, des centaines de diplômés canadiens peuvent s’attendre à chercher en vain un poste de résidence d’ici 2021. Sans des mesures conséquentes, cette réalité risque d’avoir des répercussions tragiques sur la santé mentale des étudiants.

En cas de crise

Composez le 911 ou rendez-vous à l’hôpital le plus près.

Appelez le Service de prévention du suicide du Canada, accessible en tout temps au 1 833 456-4566. Pour les résidents du Québec, composez le 1 800 APPELLE (1 800 277-3553).

Où trouver du soutien

Appelez la ligne SOS bien-être ou communiquez avec le programme de santé des médecins de votre région.

Soutien aux collègues

Assurez-vous que la personne connaît les ressources en santé mentale destinées aux médecins, incitez-la à aller chercher de l’aide et n’oubliez pas de prendre de ses nouvelles.

Sujets

Suicide Épuisement professionnel Relations Réduction de la stigmatisation

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