Association médicale canadienne

Les médecins consacrent leur vie à aider les autres. Pourtant, beaucoup d’entre eux ne vont pas chercher l’aide dont ils ont eux-mêmes besoin, ce qui se solde souvent par des conséquences tragiques.

Le Sondage national de l’AMC sur la santé des médecins a récemment rapporté que :

19 % des médecins et des médecins résidents ont eu des pensées suicidaires durant leur vie;

  • 8 % des médecins et des résidents ont eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois;
  • le risque est plus élevé pour les femmes que pour les hommes;
  • le risque est plus élevé pour les médecins résidents que pour les médecins en exercice;
  • l’insatisfaction professionnelle et le manque de collégialité du milieu de travail sont des facteurs prédictifs de pensées suicidaires importants. 

Qu’est-ce qui pousse les médecins au suicide? 

Dans un épisode du balado de Well Doc Alberta (en anglais), les Dres Debrah Wirtzfeld et Jane Lemaire s’entretiennent avec le Dr Michael Myers, auteur de l’ouvrage Why Physicians Die by Suicide: Lessons Learned from Their Families and Others Who Cared. 

Le Dr Myers y explique que malgré une formation en traitement des troubles mentaux, les médecins ont du mal à en reconnaître les symptômes chez eux, ce qui signifie qu’ils peuvent développer un trouble sans recevoir le diagnostic dont ils auraient besoin. On estime d’ailleurs qu’entre 85 et 90 % des personnes qui meurent par suicide étaient atteintes d’un trouble mental non diagnostiqué et non traité. 

Par ailleurs, on enseigne aux médecins à camoufler leur douleur intérieure, ce qui ne facilite pas la tâche aux personnes en mesure de reconnaître les facteurs de risque, notamment les tentatives de suicide antérieures. Malheureusement, en raison de la stigmatisation associée à la maladie mentale, beaucoup de médecins dissimulent toute tentative passée de mettre fin à leurs jours et ne cherchent jamais à obtenir d’aide psychologique.

Le Dr Myers croit que le perfectionnisme qui aide à entrer à la faculté de médecine et à mener une carrière de médecin est une lame à double tranchant, car il peut nuire à la santé mentale. L’accumulation chez les médecins de frustrations concernant les dossiers médicaux électroniques, la médecine à la chaîne, l’augmentation de la charge de travail et la perte du pouvoir de changement peuvent mener à l’épuisement professionnel, à la dépression et au suicide. 

Enfin, le Dr Myers fait remarquer que les médecins connaissent mieux que la population générale les gestes mortels, et ont souvent les moyens de passer à l’acte. 

Comment les médecins peuvent-ils se protéger eux-mêmes?

Réduire le taux de suicide chez les médecins nécessitera des changements systémiques et une transformation de la culture médicale. Cela dit, vous pouvez agir dès aujourd’hui pour préserver votre propre santé mentale :

  • Si vous avez déjà eu des pensées suicidaires ou fait des tentatives de suicide, parlez-en ouvertement pour encourager vos collègues à aller chercher de l’aide.
  • Si vous avez des pensées qui vous inquiètent, trouvez quelqu’un pour en parler. N’ayez pas peur de « déranger » quelqu’un, même un médecin sur appel, pour lui parler de vos symptômes psychologiques. De plus, n’ignorez pas les symptômes de dépression grave, de stress post-traumatique ou de trouble bipolaire en les attribuant simplement à de l’épuisement.
  • Avec le programme de santé des médecins de votre province, trouvez-vous un médecin de famille. Au lieu de recourir à l’automédication, placez votre santé entre les mains d’une personne que vous respectez et en qui vous avez confiance.
  • Établissez des limites et recherchez l’équilibre. Il est impossible de répondre aux besoins de tous dans toutes les circonstances : parfois, il faut penser un peu à soi pour aider les autres.
  • Recherchez et acceptez le soutien de membres de la famille.
  • Recherchez de l’aide si vous en avez besoin dans votre vie personnelle, par exemple si vous avez un enfant handicapé ou des conflits relationnels, ou si vous vous trouvez dans une situation de « génération sandwich ».

En cas de crise

Composez le 911 ou rendez-vous à l’hôpital le plus près.

Appelez le Service de prévention du suicide du Canada, accessible en tout temps au 1 833 456-4566. Pour les résidents du Québec, composez le 1 800 APPELLE (1 800 277-3553).

Où trouver du soutien

Appelez la ligne SOS bien-être ou communiquez avec le programme de santé des médecins de votre région.

Vous vivez de la détresse? Obtenez de l’aide dès maintenant.

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