Association médicale canadienne

Photo : Sarah Quayyum 

Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur?

Le syndrome de l’imposteur est une tendance psychologique à la peur et à la remise en question. Il fait douter la personne atteinte de ses propres réussites et l’accable d’une peur persistante et internalisée d’être présentée comme un escroc, et ce, malgré ses capacités démontrées.

Une étude montre que les gens qui souffrent du syndrome de l’imposteur attribuent souvent leurs réussites à des facteurs externes comme la chance, des erreurs ou des contacts personnels.

Ils s’imaginent qu’ils bernent tout le monde et s’inquiètent qu’un jour la vérité éclate. Quels que soient leurs notes, le nombre d’agréments obtenus, la fréquence à laquelle les patients les demandent et le nombre de fois où un supérieur les a félicitées, ces personnes croient qu’elles sont moins intelligentes et compétentes que les autres les perçoivent. 

Comment se manifeste-t-il?

Dans une conférence TED donnée en 2016, Lou Solomon a présenté quelques comportements typiques des médecins souffrant du syndrome de l’imposteur : 

  • Refuser des possibilités qui s’offrent à eux parce qu’ils ne croient pas être qualifiés
  • Banaliser leurs réussites
  • Se surpréparer et dépasser les objectifs
  • Faire de l’autosabotage

Les médecins aux prises avec le syndrome de l’imposteur peuvent se sentir stressés, déprimés, épuisés ou insatisfaits de leur poste, mais terrifiés à l’idée d’en chercher un autre. Selon une étude, ils sont possiblement moins bien payés que leurs collègues et recevraient moins de promotions. 

Prévalence chez les médecins

Le syndrome de l’imposteur a différentes appellations, notamment « phénomène de l’imposteur », « syndrome de l'autodidacte » et « complexe de l’imposteur ». Une étude parue dans la revue Medical Education révèle que de nombreux médecins développent un syndrome de l’imposteur à l’université, qui parfois persiste tout au long de leur carrière.

Le syndrome touche 22 % à 60 % des médecins en exercice et des apprenants en médecine. Des études ont aussi montré qu’il est plus courant chez les femmes.

D’après l’International Journal of Medical Education, les facteurs de risque du syndrome de l’imposteur comprennent la faible estime de soi, le perfectionnisme, la hiérarchie à respecter pendant les études de médecine et la culture médicale. En voici quelques autres : 

  • Le fort contingentement de l’admission à la faculté de médecine
  • Les critères irréalistes imposés à soi-même
  • Le défi que représentent les transitions entre les étapes de carrière
  • Les attentes élevées et la pression de réussir
  • L’exposition constante à la critique


Un article de Human Resource Development International indique que le soutien social, la validation des réussites et l’affirmation positive sont des facteurs de protection contre le syndrome de l’imposteur. L’étude parue dans Medical Education ajoute à cette liste la réflexion personnelle et les expériences communes avec les pairs.

Sept conseils pour surmonter le syndrome de l’imposteur

Dans sa conférence TED, Lou Solomon a suggéré des moyens d’en finir avec le syndrome de l’imposteur :

  1. Rechercher la critique constructive. Prenez la situation en main en demandant « Qu’est-ce que je dois commencer ou arrêter de faire? Qu’est-ce que je dois continuer de faire? »
  2. Se concentrer sur ses forces et réalisations. Gardez une liste des moments dont vous êtes fiers, qui soulignent vos réussites et vos forces.
  3. Apprendre à accepter les éloges. Dites simplement merci.
  4. Penser à son parcours et à sa situation. Pensez aux personnes ou aux événements qui ont pu miner votre confiance en vous. Efforcez-vous de découvrir la source de votre syndrome de l’imposteur.
  5. Privilégier les relations positives. Concentrez-vous sur vos collègues, vos amis et vos mentors qui sont de votre côté et qui voient vos forces.
  6. Revoir sa définition de l’échec. Être un bon médecin ne signifie pas ne jamais faire d’erreurs. Même les meilleurs en font. Les erreurs sont essentielles pour apprendre et évoluer.
  7. Ne pas hésiter à demander de l’aide. Ce peut être de l’aide formelle ou informelle. 

Témoignage sur le syndrome de l’imposteur

L’histoire qui suit est tirée d’une entrevue réalisée à l’été 2019 avec Chika Stacy Oriuma, alors étudiante de troisième année en médecine. À ce moment, elle faisait aussi une maîtrise en direction et innovation de systèmes à l’Université de Toronto. Elle a obtenu son diplôme en juin 2020 et a été la première et la seule femme noire choisie pour prononcer le discours d’adieu de la Faculté de médecine de l’Université de Toronto.  

 
Photo : Sarah Quayyum


« À mon arrivée à l’école de médecine, j’avais hâte de me retrouver dans une cohorte diversifiée parce que j’avais été la seule étudiante noire pendant mes études de premier cycle à l’Université McMaster.

À peu près une semaine avant l’intégration, l’association des étudiants en médecine noirs de l’Université de Toronto a organisé un repas pour accueillir les nouveaux. J’étais la seule de mon année et je me suis demandé si les autres étaient simplement absents. Mais à la cérémonie de remise du stéthoscope, il n’y avait aucune autre personne noire. Ça m’a renversée. 

À la première journée d’intégration, on m’a demandé si on m’avait donné un coup de pouce pour entrer en médecine, si on avait abaissé les critères, ou pris des mesures spéciales.

Je suis restée bouche bée, parce que je savais bien que je n’avais pas eu de traitement de faveur. Mais cette question m’a fait douter de mon appartenance à cette profession. J’ai commencé à me demander ce que les autres pensaient. Parce que je me sentais comme une étrangère, ma santé mentale en a réellement souffert pendant ma première année. Je sentais une obligation de représenter ma race. Je ne me donnais donc pas droit à l’erreur, et ça a aggravé mes tendances perfectionnistes. 

Ensuite, j’ai commencé à souffrir de dépression. J’ai alors dû aller chercher de l’aide psychologique auprès d’un thérapeute, pour examiner tout ce que j’avais vécu. J’étais perdue, tendue et terrifiée. J’avais le moral dans les talons et je n’arrivais plus à dormir ni à manger. J’étais complètement désespérée à l’idée de subir pendant encore quatre ans le genre de microagressions que j’avais connues. Je n’avais personne à qui parler. Je n’avais plus aucun espoir, je me sentais vraiment mal dans ma peau. J’avais l’impression d’être totalement différente et de devoir cacher mon identité.

Ça m’a pris beaucoup de temps pour me sentir à l’aise avec le fait d’être Noire et étudiante en médecine. 

Je voulais parler de mon expérience, mais j’avais peur que ça empire la situation. La force qui m’anime maintenant, elle me vient en grande partie de mes mentores, surtout des femmes médecins noires, qui m’ont vraiment prise sous leur aile. Elles ont été mon réseau de soutien. Elles m’ont ouvert leur porte, et je pouvais leur parler en sachant qu’elles comprenaient exactement ce que je vis. Cette solidarité, c’est ce qui a tout changé pour moi.

Ma relation avec ces femmes m’a poussée à faire moi aussi du mentorat, que ce soit officiellement ou dans mon rôle de représentation, mes conférences, mes allocutions et mes écrits.

À l’aube de ma quatrième année, je me sentais bien mieux outillée.

Je possédais une force qui venait de mon travail à motiver les autres et à défendre leurs droits. Aujourd’hui, je suis fière de mon identité, je suis fière d’être une femme noire en médecine. Certaines peurs sont toujours là, oui, mais elles ne m’empêchent pas de faire ce que je dois faire.

Elles sont toujours là, mais en sourdine. »

Épilogue : Depuis, Chika Stacy Oriuma a obtenu son diplôme et commencé sa carrière de médecin. Et la Faculté de médecine de l’Université de Toronto a admis 24 étudiants noirs dans sa cohorte de 2024. Pour en savoir plus, lisez cet article du CBC daté du 2 juin 2020

Consultez les ressources ci-dessous pour savoir comment surmonter le syndrome de l’imposteur, donner le meilleur de vous-même et offrir à vos patients les soins de la meilleure qualité qui soit. 

Si vous êtes aux prises avec le syndrome de l’imposteur et que vous avez besoin d’aide, communiquez avec la ligne SOS bien-être ou le programme de santé des médecins de votre province.

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