Association médicale canadienne
D<sup>r</sup> Douglas DuVal

« Dans notre profession, la question est de savoir à partir de quel degré de pénurie de quels médicaments il faudra annuler une intervention chirurgicale. »


L’hyperthermie maligne est une réaction rare et mortelle à l’anesthésie qui provoque une accélération de la fréquence cardiaque, une fièvre dangereusement élevée et de graves spasmes musculaires. Le dantrolène est le seul médicament qui puisse la traiter. Au Canada, il n’y a qu’un seul fabricant de ce médicament. Ainsi, lorsque les Services de santé de l’Alberta ont émis un avertissement en mai indiquant qu’il serait impossible d’avoir du dantrolène avant la fin du mois d’août, la question des pénuries de médicaments est devenue préoccupante pour le Dr Douglas DuVal.

En tant qu’anesthésiologiste à l’hôpital Royal Alexandra d’Edmonton, il affirme que la pénurie l’a forcé à se poser de sérieuses questions.

« Si cet antidote n’est pas disponible, peut-on vraiment planifier une intervention chirurgicale non urgente? L’hyperthermie maligne a beau être une complication rare et peu probable, est-il sécuritaire d’aller de l’avant sans avoir de moyen de la traiter? »

Heureusement, les questions du Dr DuVal ont pu demeurer théoriques. Les Services de santé de l’Alberta ont réussi à approvisionner leurs hôpitaux d’un stock suffisant de dantrolène pendant toute la durée de la pénurie, et aucun patient ayant eu besoin de ce médicament n’en a été privé. Dans ce cas, la pénurie a été de courte durée et limitée géographiquement. Mais le Dr DuVal précise que ce qui l’inquiète, c’est la possibilité de perturbations plus étendues et prolongées dans la chaîne d’approvisionnement. 

« Même lorsque des médicaments de rechange sont disponibles, les changements dans la pratique peuvent entraîner d’importantes erreurs de médication qui présentent un risque pour les patients. »

C’est pourquoi, au cours des deux dernières années, il s’est consacré à la réduction des pénuries de médicaments, utilisant pleinement son rôle de président sortant de la Société canadienne des anesthésiologistes (SCA) pour attirer l’attention politique sur la question.

« Si nous constatons une pénurie nationale d’un médicament très important qui n’a pas de véritable substitut, le gouvernement fédéral aura-t-il la capacité d’autoriser l’importation à grande échelle d’une autre formulation? », demande le Dr DuVal.

Il cite l’exemple d’une pénurie à l’échelle nationale, au début de 2018, de médicaments de première intention en anesthésie régionale et en obstétrique, soit la ropivacaïne (utilisée pour de nombreux types de blocs nerveux, y compris l’anesthésie péridurale pour le travail et l’accouchement) et la bupivacaïne (en particulier la formulation utilisée en anesthésie rachidienne pour les césariennes). Le Dr DuVal se souvient que la perturbation a forcé les anesthésiologistes à utiliser différentes préparations pour les blocs nerveux et qu’à l’époque, il avait prévenu que cela pourrait devenir un « problème de sécurité important ».

« C’est un des problèmes qui se posent lorsque votre médicament de premier choix n’est pas disponible, explique-t-il. Quelqu’un dit : “Eh bien, je n’avais pas ce médicament en particulier, j’ai dû recourir à autre chose et j’ai utilisé la mauvaise dose.” »

En mars 2018, le Dr DuVal a écrit à la ministre fédérale de la Santé pour lui demander d’utiliser son pouvoir, en vertu du Programme d’accès spécial (PAS) de Santé Canada, pour approuver l’importation des deux anesthésiques d’autres pays et d’autoriser leur commercialisation au Canada. 

La réponse a été négative. 

Santé Canada lui a répondu que le PAS est seulement utilisé au cas par cas pour aider les médecins à avoir accès à des médicaments non commercialisés pour les patients qui ont des problèmes graves et que le programme « n’est pas conçu comme mécanisme par défaut pour régler les pénuries ou l’abandon d’un produit ». 

Le Dr DuVal pense qu’il s’agit d’un manque de vision.

« Il est décevant de constater que le gouvernement fédéral n’y voit toujours pas une occasion d’élaborer une stratégie pour trouver une solution à grande échelle lorsqu’une pénurie semble particulièrement importante et prolongée », se désole-t-il.

Sur le plan positif, le Dr DuVal convient que les systèmes d’alerte précoce, comme le nouveau site Web de déclaration obligatoire de Santé Canada, penuriesdemedicamentscanada.ca, vont dans le bon sens. Ils ne peuvent empêcher les interruptions d’approvisionnement, mais l’avertissement donne aux anesthésiologistes le temps de mettre en place des stratégies de partage ou de rationnement des médicaments.

À la fin de son mandat à la présidence de la SCA, le Dr DuVal a même aidé la Société à lancer son propre système de signalement. Ce système vise à assurer le suivi des incidents d’anesthésie, mais il encourage les membres à s’en servir aussi pour signaler tous les cas où des pénuries de médicaments ont nui à leur travail.

« Ces renseignements permettent de mieux saisir les répercussions que peuvent avoir les pénuries et pourraient servir de système d’alerte précoce, de sorte que si une province connaît des pénuries, nous pourrions nous renseigner et voir ce qui se passe ailleurs ».



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