Association médicale canadienne
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« Maple Ridge était un microcosme de l’ensemble des fléaux sociaux et des problèmes de santé auxquels le Canada est confronté aujourd’hui, et je me suis dit que si nous pouvions trouver le moyen d’aider cette collectivité, nous pourrions aider n’importe qui. »


Lorsqu’on va à Maple Ridge, en Colombie-Britannique, c’est souvent pour s’adonner à la pêche au saumon dans le fleuve Fraser ou pour parcourir à pied les 100 kilomètres de sentiers qui sillonnent la région. Mais quand le Dr Matthew Chow s’est rendu pour la première fois dans cette banlieue de la région métropolitaine de Vancouver en 2015, ce n’était pas pour admirer le paysage.

« Les jeunes de Maple Ridge avaient de gros problèmes de toxicomanie et beaucoup en mouraient, puis la situation a encore empiré avec l’arrivée du fentanyl sur nos côtes. Cette crise qui touchait la classe moyenne s’est d’abord manifestée plutôt timidement, pour ensuite faire des ravages. » – Dr Matthew Chow, pédopsychiatre

Il n’y avait pas que le fentanyl pour mettre en péril la santé de la collectivité. La population de Maple Ridge augmentait rapidement et à cause d’une pénurie de médecins de famille, les jeunes aux prises avec des problèmes de santé mentale n’avaient personne vers qui se tourner.

Une psychiatre de la région avait entendu parler du Dr Chow et des programmes de santé mentale novateurs qu’il avait mis sur pied à l’intention des jeunes, notamment le service de télépsychiatrie de proximité de l’Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique. Elle l’a donc contacté afin de lui demander s’il était disposé à donner un coup de main.

« Maple Ridge était un microcosme de l’ensemble des fléaux sociaux et des problèmes de santé auxquels le Canada est confronté aujourd’hui », affirme le Dr Chow. « Je me suis dit que si nous pouvions trouver le moyen d’aider cette collectivité, nous pourrions aider n’importe qui. »

Mais avec très peu de financement provincial, le défi était de taille.

Le Dr Chow s’est joint à une petite équipe de médecins de famille de la région qui avaient déjà décelé la crise. Au départ, ils ont imaginé une clinique dotée de conseillers professionnels et de consultants, à l’image des services de santé mentale offerts au centre-ville de Vancouver. Mais les jeunes et leur famille préféraient quelque chose de différent : une clinique sans rendez-vous adaptée aux jeunes, avec un service d’entraide par les pairs et des intervenants-pivots pour les aider à comprendre le système de santé.

Le Dr Chow et ses collègues ont donc modifié leur approche, communiquant avec les organismes communautaires, les écoles, l’administration municipale et même la GRC pour créer un centre de bien-être pour les jeunes dont la collectivité pourrait être fière.

« Lorsqu’on bâtit quelque chose à partir de rien, avec des ressources locales, les gens qui participent d’emblée au projet sont là pour de bon », explique-t-il.

Le centre a commencé modestement, offrant ses services à partir du cabinet d’un médecin de famille les fins de semaine, sur rendez-vous seulement. Peu à peu, à mesure que la population de Maple Ridge s’est mise à parler plus ouvertement de santé mentale, la clinique a reçu de plus en plus de soutien.

La ville a mis à la disposition de l’équipe des locaux dans un centre pour les jeunes déjà établi au centre-ville et la GRC a laissé le Dr Chow utiliser son bureau au centre pour les jeunes pour accueillir ses patients. Même les enfants de l’école primaire locale ont mis la main à la pâte, organisant des ventes de pâtisseries en vue de recueillir des fonds pour la clinique.

Avec cet appui et la participation des médecins de la région, ils ont pu ajouter une clinique sans rendez-vous le jeudi soir, puis ont commencé à ouvrir leurs portes pendant la journée également.

Tous les samedis pendant près de deux ans, le Dr Chow a fait le trajet de 42 kilomètres entre Vancouver et Maple Ridge pour voir ses patients de la clinique.

« Ces deux années comptent parmi les plus heureuses de ma carrière puisque j’avais vraiment l’impression d’aider concrètement les gens », dit-il.

Lorsqu’il traitait un jeune, que ce soit pour la dépression, l’anxiété ou un problème de dépendance, le Dr Chow élaborait un plan de traitement avec ses partenaires communautaires, recommandant un programme de pleine conscience pour les jeunes au YMCA ou dirigeant le jeune vers les services de soutien appropriés.

Il demandait au médecin de famille du patient de lui écrire par courriel s’il ne notait aucune amélioration et encourageait l’école à envoyer des rapports d’étape sur les services de soutien dont un enfant pourrait avoir besoin, interactions qui n’auraient d’après lui pas été possibles dans un système de santé traditionnel.

« Si nous n’avions pas misé sur les services intégrés, nous aurions créé une clinique indépendante qui aurait tout à fait eu sa place au sein du système de soins de santé, mais qui n’aurait pas fait partie intégrante de la collectivité », commente le Dr Chow. « Nous avons contribué à réduire le nombre de suicides, à faire participer les jeunes à des programmes de lutte contre les dépendances et la toxicomanie et à les traiter assez tôt pour que leur cas ne se transforme pas en situation de crise. Voilà ce que nous faisons pour les jeunes. »

Cette grande réussite n’est pas passée inaperçue. En 2017, le gouvernement de la Colombie-Britannique a autorisé la mise sur pied de la clinique Foundry à Maple Ridge – centre de services de santé mentale financé par la province et destiné aux jeunes de 12 à 24 ans. En janvier 2020, ce nouveau centre de 6 000 pieds carrés destiné aux jeunes et dont la clinique fait partie ouvrira ses portes dans un développement commercial à proximité.

La province a également annoncé que la ville comptera parmi les premières collectivités de la Colombie-Britannique à avoir mis sur pied un modèle de soins intégré en milieu scolaire pour les problèmes de santé mentale.

Pour le Dr Chow, l’attention dont Maple Ridge fait l’objet et les ressources qui affluent sont remarquables.

« Si le gouvernement a voulu investir dans la collectivité, j’aime à croire que c’est un peu grâce à nous et à la façon dont nous nous sommes rendus là où nous sommes », dit-il. « Les médecins de la région ont vu venir la crise et, saisissant cette occasion, ils ont mobilisé tout le monde pour y remédier. »

Bien qu’il eût souhaité contribuer à la nouvelle clinique, le Dr Chow pourrait ne pas en avoir le loisir une fois qu’il aura intégré son poste de président de Doctors of BC en juin 2020.

Selon lui, l’équipe de Maple Ridge devra maintenant veiller à ce que le nouveau modèle de soins de la clinique Foundry ne finisse pas par ressembler au système de santé traditionnel qu’ils ont tant cherché à éviter.

« Je suis convaincu que tout ira pour le mieux », dit le Dr Chow. « Y aura-t-il des obstacles? Sans aucun doute. Des turbulences? Certainement. Mais je crois que grâce à la confiance et au respect mutuels, nous pouvons unir nos efforts et servir d’exemple pour les autres. »


Les opinions exprimées par les médecins initiateurs de changements le sont exclusivement à titre personnel et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales. 



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