Association médicale canadienne
D<sup>r</sup> Sandy Buchman

« Je me suis profondément attaché à cette cause et j’ai voulu offrir de meilleurs soins palliatifs, parce que je savais que mes patients en avaient besoin. »



En 1984, le Dr Sandy Buchman est en train de bâtir sa carrière de médecin de famille. Trois ans seulement après avoir obtenu son diplôme, il a sa propre clinique à Mississauga, en Ontario, où il soigne surtout de jeunes familles. Mais un jour, la visite d’un jeune homme gravement malade change son cheminement de carrière malgré lui.

« Il avait le sida, précise-t-il, mais je ne le savais pas à l’époque puisque la maladie n’avait pas encore été découverte. »

Après l’avoir traité pour une pneumonie, le médecin tente de le diriger vers une clinique de Toronto, mais le jeune homme lui demande plutôt de s’occuper de lui jusqu’à sa mort.

« Le rôle du médecin de famille est de s’occuper de ses patients de la naissance à la mort; j’ai donc bien sûr accepté. C’est ainsi que j’ai fait mon entrée dans les soins palliatifs. »

Rapidement, le Dr Buchman reçoit de plus en plus de demandes de consultation pour des patients atteints du VIH/sida, et devient l’un des deux médecins de famille de Mississauga à offrir ce type de soins. Voyant arriver une cohorte de nouveaux patients malades et mourants, il sait qu’il doit faire mieux pour alléger leurs souffrances.

« Il n’y avait pas de spécialistes des soins palliatifs à cette époque, explique-t-il. Je me suis profondément attaché à cette cause et j’ai voulu offrir de meilleurs soins palliatifs, parce que je savais que mes patients en avaient besoin. »

Pendant les 20 années qui suivent, le médecin de famille cherche les occasions d’en apprendre plus sur les soins de fin de vie. Il observe d’autres médecins qui offrent ce type de soins et se joint à l’unité de soins palliatifs Baycrest, à Toronto, tout en poursuivant sa pratique effrénée en médecine familiale et en siégeant au conseil d’administration du Collège des médecins de famille de l’Ontario (CMFO).

Cependant, en 2005, les exigences professionnelles, les responsabilités familiales et les longs déplacements commencent à lui peser. Il présente alors des signes d’épuisement professionnel. Au tout début de son mandat de président du CMFO, il n’arrive pas à trouver de médecin pour le remplacer. Quand le Dr Larry Librach lui offre un poste à temps partiel en soins de fin de vie au centre de soins palliatifs Temmy Latner de l’Hôpital Mount Sinai, pour la durée de son mandat de président, le Dr Buchman saute sur l’occasion. 

En 2016, avec l’arrivée de la législation sur l’aide médicale à mourir au Canada, sa carrière prend un nouveau tournant. Les soins palliatifs et l’aide médicale à mourir sont des services distincts – le rôle des soins palliatifs n’est pas d’accélérer la mort – et le Dr Buchman doit décider s’il veut offrir ou non l’aide médicale à mourir. Après des mois de réflexion sur ses valeurs et ses croyances, il en vient à la conclusion que l’aide médicale à mourir est le prolongement de ce qu’il a toujours fait.

« À mes yeux, le rôle des soins palliatifs est avant tout d’alléger les souffrances, et l’aide médicale à mourir est une façon d’alléger les souffrances quand toutes les autres solutions ont échoué ou sont inacceptables pour le patient. »

La compassion et la justice sociale sont les deux éléments qui marquent le parcours du Dr Buchman. En début de carrière, son travail auprès de patients séropositifs lui a ouvert les yeux sur les déterminants sociaux de la santé et lui a fait réaliser que les médecins ont la responsabilité de venir en aide aux populations marginalisées. C’est ce qui l’a poussé à prodiguer, ces dernières années, des soins palliatifs aux itinérants de Toronto : une fois par semaine, il se joint à l’unité de soins mobiles d’Inner City Health Associates, qui parcourt les rues et les refuges pour tenter de soulager la douleur, d’atténuer les symptômes et de répondre aux besoins psychosociaux des gens dans le besoin – la plupart aux prises avec de graves problèmes de santé mentale et de toxicomanie.

 « Est-ce un défi? Sans aucun doute, mais comme c’est une population qui n’a pas facilement accès aux soins, ce programme est une occasion de leur venir en aide. »

En travaillant en soins palliatifs, le Dr Buchman a constaté le besoin d’accroître le nombre d’établissements de soins palliatifs dans la ville, comme il n’y a à l’heure actuelle qu’un seul établissement pour la population générale adulte. Il est actuellement médecin-chef pour un groupe travaillant à la construction d’un nouveau centre de soins palliatifs, un projet qui lui tient à cœur et qui fait appel à une grande partie de ses connaissances acquises par son expérience, soit des connaissances sur la responsabilité sociale, les soins axés sur le patient et la communauté dans son ensemble.

En ce qui concerne son rôle de direction à l’AMC, le président met l’accent sur la compassion, qu’il dit être au cœur de sa pratique. L’un des objectifs à long terme de sa présidence est d’améliorer la santé et le bien-être des médecins par la création d’environnements où les professionnels se sentent soutenus et en sécurité.

Il veut s’attaquer à la culture souvent toxique dans laquelle les médecins sont formés et exercent en faisant la promotion de ce qu’il appelle le « leadership bienveillant ».

« Je commence à voir l’épuisement professionnel chez les médecins comme une forme de souffrance, conclut-il. En soins palliatifs, on adopte une approche de compassion pour atténuer la souffrance, et les données probantes nous montrent qu’il faudrait adopter une approche semblable pour l’épuisement professionnel. »


Les opinions exprimées par les médecins initiateurs de changements le sont exclusivement à titre personnel et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales. 



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