Association médicale canadienne
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« Nous croyons que l’échographie télérobotique améliorera l’accès à l’échographie diagnostique, ainsi que la sécurité des patients, et réduira les inégalités en santé au cours de la pandémie et longtemps après celle-ci. »


La population de La Loche, collectivité éloignée du nord de la Saskatchewan, doit souvent parcourir de longues distances pour obtenir des services d’imagerie diagnostique.

L’accès aux services d’échographie dans la collectivité a été limité à un jour par mois, ce qui oblige les patients dont le cas est urgent à parcourir plus de 500 kilomètres pour se rendre à Saskatoon ou à Prince Albert. Ils doivent souvent s’éloigner de leur famille et de leur domicile pendant des jours.

Puis la COVID-19 a frappé et limité encore davantage l’accès.

En avril 2020, le village de 2 300 habitants a signalé son premier cas d’infection et, moins d’un mois plus tard, le nombre des infections avait explosé, faisant de La Loche l’épicentre de la pandémie. Le village comptait plus de cas que chacune des deux plus grandes villes de la Saskatchewan.

« L’arrangement antérieur, qui consistait à accueillir un échographiste une fois par mois ou à obliger le patient à se rendre à la ville la plus proche, n’était pas idéal à cause des nouveaux risques et défis posés par la COVID-19 », déclare le Dr Scott Adams, médecin résident en radiologie à l’Université de la Saskatchewan (USask).

Médecin qui souhaite vivement améliorer les soins aux patients par l’imagerie médicale, le Dr Adams étudie depuis 2017 la possibilité d’utiliser l’échographie télérobotique pour régler les problèmes d’accès.

Dans les collectivités rurales, des patients dans des salles d’examen locales ont été branchés à un système télérobotique et mis en contact avec un échographiste et un radiologiste à Saskatoon.

L’échographiste manipule une fausse sonde pour contrôler les mouvements fins du bras robotique — il peut faire pivoter la sonde, la basculer et l’incliner tout en ajustant les réglages échographiques pour obtenir la meilleure image possible. Le radiologiste supervise l’examen et intervient au besoin.

Conçu en France, le système fonctionne avec une bande passante Internet limitée, un obstacle à la télémédecine courant dans les régions rurales et du nord du Canada.

Le Dr Adams et son équipe à l’Université de la Saskatchewan ont été les premiers en Amérique du Nord à faire l’essai de la technologie afin de l’implanter dans certaines des collectivités les plus éloignées et les plus mal servies de la province. Dès le départ, les résultats se sont avérés des plus prometteurs.

Au cours de leurs essais cliniques en imagerie abdominale et prénatale, le groupe a constaté que le système robotisé constituait une solution de rechange viable aux services classiques d’échographie diagnostique.

L’éclosion de COVID-19 à La Loche a toutefois catalysé le lancement de la technologie et accéléré considérablement l’échéancier.

« Le directeur des Services médicaux du Nord a communiqué avec notre équipe au sujet du besoin urgent de services d’échographie à La Loche. C’était une occasion parfaite d’utiliser la technologie pour offrir des services de radiologie spécialisés dans une collectivité qui en avait vraiment besoin. »

L’équipe a rapidement mis sur pied une clinique d’échographie télérobotique afin de répondre aux besoins de la collectivité tout en réduisant le plus possible le risque d’exposition à la COVID-19 et de transmission.

Aujourd’hui, la clinique de La Loche est dotée d’un bras robotique et d’une unité d’échographie. Elle compte aussi un système d’archivage et de transmission d’images (PACS) qui stocke les images et permet à un radiologiste de les interpréter à distance.

À Saskatoon, une fausse sonde permet à l’échographiste de manipuler la sonde échographique qui se trouve à La Loche, et un système de vidéoconférence permet aux patients et à l’échographiste de communiquer directement tout au long de l’examen.

« Le radiologiste peut aussi superviser l’examen échographique et visualiser les images en temps réel, ce qui satisfait aux exigences réglementaires en vigueur », déclare le DAdams.

Étant donné le lancement rapide du programme, le Dr Adams explique que l’équipe planche maintenant sur la logistique nécessaire pour offrir le service en mode clinique ordinaire.

« Nous analysons les pratiques exemplaires de prise de rendez-vous, les indications cliniques et la rentabilité, affirme-t-il. Nous avons déménagé récemment notre échographiste d’une clinique communautaire à l’hôpital universitaire et nous sommes donc maintenant sur le même réseau de TI. »

L’utilisation du même réseau par tous les centres a aidé l’équipe à surmonter certains des défis posés au début par la bande passante.

« Pour la plupart des examens, le délai est de moins d’une seconde, ce qui est à peine perceptible pour l’échographiste, déclare le DAdams. Un délai de deux ou trois secondes peut toutefois limiter l’examen. »

Dans l’ensemble, il affirme que les commentaires des patients sont en grande majorité positifs.

« Les patients étaient heureux de ne pas avoir à se déplacer, bien entendu, mais ils se sentaient aussi plus en sécurité dans le contexte de la pandémie. »

Outre La Loche, le DAdams et son équipe ont implanté le système dans deux autres collectivités rurales – Stony Rapids et Pelican Narrows – qui n’avaient pas d’accès fiable et régulier à des services d’échographie diagnostique.

« Nous croyons que l’échographie télérobotique améliorera l’accès à l’échographie diagnostique, ainsi que la sécurité des patients, et réduira les inégalités en santé au cours de la pandémie et longtemps après celle-ci. »

 

L’AMC et le Dr Adams souhaitent remercier les autres participants qui ont aidé à réaliser le projet : les Drs Brent Burbridge, Leslie Chatterson et Paul Babyn du Département d’imagerie médicale de l’USask, le Dr Ivar Mendez, Luis Bustamante, Joseph Deason et Rachel Johnson du Département de chirurgie de l’USask, la Dre Veronica McKinney et Shawna Piche des Services médicaux du Nord, et Nadine Kanigan et Jen Kesler du Centre d’échographie.


Les opinions exprimées par les médecins initiateurs de changements le sont exclusivement à titre personnel et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales. 



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