Association médicale canadienne
D<sup>re</sup> Kimberly Wintemute

« En présentant à notre équipe de santé familiale cette idée de dépistage ciblé de la pauvreté, nous avons contribué à faire mieux connaître l’importance de ce facteur comme déterminant social de la santé. »


Il y a trois ans, la Dre Kimberly Wintemute s’est donné une mission : déterminer quels patients de son cabinet de médecine familiale couraient un risque de vivre dans la pauvreté. La Dre Wintemute croyait qu’en connaissant la situation économique de leurs patients, les médecins pourraient aider à réduire les répercussions des conditions de vie difficiles sur leur santé.

L’idée semblait intéressante en théorie, mais son application pratique s’est avérée tout un défi.

L’Équipe de santé familiale de North York (NYFHT) réunit 86 médecins de famille répartis sur 21 sites, qui prodiguent des soins à quelque 90 140 patients dans la région de North York, une banlieue de Toronto.

« Il y a beaucoup de diversité socioéconomique dans notre secteur de la ville; il est donc très difficile pour les médecins de famille de cibler les patients qui ont du mal à joindre les deux bouts ».

La Dre Wintemute a donc décidé d’utiliser un outil ciblé de dépistage de la pauvreté pour se faciliter la tâche. L’outil combine les données de Statistique Canada sur le revenu par code postal et les données démographiques des patients contenues dans leur dossier médical électronique (DME). 

« Nous avons choisi d’examiner l’intersection entre le quintile de revenu le plus bas et le plus haut degré de privation matérielle — un autre indice de Statistique Canada —, nous avons retenu les codes postaux présents dans les deux catégories, puis nous les avons cherchés dans notre DME. »

En 2015, seulement quatre médecins de la NYFHT ont participé au premier projet pilote de la Dre Wintemute. Ils ont découvert que 147 de leurs 4 000 patients vivaient dans les zones des codes postaux ayant les revenus les plus faibles. Un tiers d’entre eux ont accepté la prochaine étape, soit de répondre à une question de dépistage de la pauvreté couramment utilisée, à savoir : « Avez-vous parfois de la difficulté à joindre les deux bouts à la fin du mois? »

Au bout du compte, 12 patients ont dit qu’ils éprouvaient des difficultés. Les médecins leur ont ensuite demandé s’ils voulaient rencontrer un travailleur social de l’équipe de santé, qui pourrait les aider à accéder aux programmes sociaux du gouvernement.

« Le travailleur social peut aider les gens à optimiser leur revenu et à suivre une formation professionnelle ou à se réorienter. Ils peuvent les mettre en contact avec les ressources de la collectivité », explique la Dre Wintemute.

Avec un premier projet pilote concluant et la preuve que l’outil de dépistage de la pauvreté pourrait être mis en œuvre, elle a ensuite entrepris d’obtenir la participation d’autres médecins pour les aider à comprendre leur rôle dans l’amélioration des déterminants sociaux de la santé d’un patient.

« S’ils veulent se concentrer sur ce qui a l’effet le plus important sur le plan de la longévité et de la qualité de vie, les médecins de famille peuvent passer du temps à parler aux gens d’exercice et de nutrition, et de moyens de se sortir de la pauvreté, et à les encadrer dans leurs efforts. »

En juin 2017, elle a lancé un projet pilote de six mois. Cette fois, près de la moitié des médecins de la NYFHT se sont portés volontaires. Au total, ils avaient 27 000 patients.

En utilisant les mêmes indices de Statistique Canada, ils ont constaté que 852 de ces patients vivaient dans les zones des codes postaux correspondant à un revenu inférieur. Sur les 509 patients retenus qui ont consulté leur médecin à la clinique au cours de la période de six mois, seulement 128 se sont fait poser la question sur la difficulté à joindre les deux bouts par leur médecin. 

« Pour une raison ou une autre, même les médecins qui étaient vraiment motivés par cet enjeu et qui avaient choisi explicitement de participer au projet n’ont posé la question qu’à un quart des patients qu’ils ont vus au cours de la période de l’étude. C’est ce que nous examinons maintenant pour tenter de comprendre quels ont été les obstacles ».

C’est l’un des défis du projet de la Dre Wintemute : comprendre comment faire du dépistage de la pauvreté une composante régulière de l’interaction d’un médecin avec ses patients. 

Au cours du projet pilote de juin 2017, elle a trouvé la preuve qu’elle avait fait des progrès. Dans sa clinique, la sensibilisation à l’étude ciblée sur le dépistage de la pauvreté était devenue telle que même les médecins qui n’avaient pas adhéré au projet pilote ont commencé à demander à leurs patients s’ils éprouvaient des difficultés financières. Au cours de cette période de six mois, 85 patients ont été orientés vers le travailleur social pour une consultation sur l’optimisation du revenu, et ce, même s’ils ne vivaient pas dans une zone de code postal à risque élevé.

« En présentant à notre équipe de santé familiale cette idée de dépistage ciblé de la pauvreté, nous avons contribué à faire mieux connaître l’importance de ce facteur comme déterminant social de la santé, précise la Dre Wintemute. Il semble que nous avons convaincu les fournisseurs de soins primaires de notre équipe de garder davantage cette question à l’esprit. »

La Dre Wintemute affirme que le fait de savoir quels patients vivent dans la pauvreté peut être un outil important pour les fournisseurs de soins primaires. 

« S’ils veulent se concentrer sur ce qui a l’effet le plus important sur le plan de la longévité et de la qualité de vie, les médecins de famille peuvent passer du temps à parler aux gens d’exercice et de nutrition, et de moyens de se sortir de la pauvreté, et à les encadrer dans leurs efforts. » 



Plus de témoignages de médecins

Dre Jane Lemaire

En 2004, lorsque la Dre Jane Lemaire est devenue vice-présidente responsable du bien-être des médecins au Département de médecine de l’Université de Calgary, on commençait à peine à parler de la question. « On ne trouvait presque pas de ressources (sur le bien-être des médecins). Et surtout, il y avait très peu de sensibilisation, explique-t-elle. »

Pour en savoir plus à propos de Dre Jane Lemaire

Ben Fung

Au cours de sa troisième année d’études de médecine, alors qu'il effectuait un stage clinique à l’Hôpital Sunnybrook, Ben Fung a perdu un patient. Ce n’était pas la première fois; d’autres de ses patients étaient décédés subitement ou des suites d’un trauma auparavant, mais ce décès l’a touché droit au cœur.

Pour en savoir plus à propos de Ben Fung

Dre Gigi Osler

« Ma réaction initiale a été “Moi? Pourquoi moi? Qui voterait pour moi?” » La Dre Gigi Osler admet avoir eu le syndrome de l’imposteur lorsqu’on lui a suggéré, lors d’une conférence médicale en 2016, de présenter sa candidature pour le poste de président désigné de l’AMC.

Pour en savoir plus à propos de Dre Gigi Osler

Dr Nav Persaud

« Pourquoi avoir fait toutes ces années d’études pour devenir médecin si, en fin de compte, les diagnostics que je pose sont peu utiles, les patients n’étant pas en mesure de payer leur traitement? » Cette question, le Dr Nav Persaud se l’est trop souvent posée.

Pour en savoir plus à propos de Dr Nav Persaud

Dre Rupa Patel

Lorsque la Dre Rupa Patel s’est jointe à un cabinet de Kingston, en Ontario, en 2010, elle a dû relever le plus grand défi de sa carrière. Bon nombre des patients dont elle a hérité – de 30 à 40 personnes – prenaient des doses élevées d’opioïdes pour soulager des douleurs chroniques. 

Pour en savoir plus à propos de Dre Rupa Patel

Dr Douglas DuVal

L’hyperthermie maligne est une réaction rare et mortelle à l’anesthésie qui provoque une accélération de la fréquence cardiaque, une fièvre dangereusement élevée et de graves spasmes musculaires. Le dantrolène est le seul médicament qui puisse la traiter. Ainsi, lorsque les Services de santé de l’Alberta ont émis un avertissement en mai indiquant qu’il serait impossible d’avoir du dantrolène avant la fin du mois d’août, la question des pénuries de médicaments est devenue préoccupante pour le Dr Douglas DuVal.

Pour en savoir plus à propos de Dr Douglas DuVal

Dre Clare Liddy

« J’avais des images gravées dans mon esprit, de l’hiver surtout, de personnes qui sortaient de l’ambulance enveloppées de multiples couvertures. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’essayer eConsult », se souvient la Dre Clare Liddy. 

Pour en savoir plus à propos de Dre Clare Liddy

Dr Matt Kutcher

« Selon moi, l’aide médicale à mourir ne devrait plus être une chose dont nous parlons en catimini ou que nous cachons. Je pense que plus nous en parlons et plus nous la normalisons, mieux ce sera. »

Pour en savoir plus à propos de Dr Matt Kutcher

Dr Kendall Ho

Quand on les compare à l’arsenal de surveillance médicale, les outils sont assez élémentaires : tensiomètre, oxymètre de pouls, pèse-personne, tablette informatique. Le Dr Kendall Ho est toutefois d’avis qu’entre les mains d’un patient, ils peuvent changer la donne.

Pour en savoir plus à propos de Dr Kendall Ho

Avez-vous un témoignage à partager?

Vous êtes un membre de l’AMC qui inspire le changement dans le système de santé? Vous connaissez un membre de l’AMC qui mène de la recherche d’avant-garde ou élabore des programmes novateurs? Nous voulons vous entendre!

Partagez votre témoignage?