Association médicale canadienne

Nous avons demandé aux membres du Forum électronique de nous parler de leur expérience de prescription d’opioïdes. Les résultats du sondage donnent une idée des nombreux défis auxquels sont confrontés les médecins et des solutions potentielles.

Fin du sondage :
Mars 2014

Destinataires :
Les 2 813 membres du Forum électronique

Nombre de réponses :
659

Taux de réponse :
23,0%

Vous voulez faire part de votre point de vue? Visitez la page du Forum électronique Voix des membres de l’AMC pour savoir comment participer aux futurs sondages.

« Je pense que nous faisons de notre mieux. Les médecins ont parfois des options très limitées. Je ne crois pas qu’ils surprescrivent volontairement ces médicaments en pensant que les gens les revendront ou en abuseront. Il ne me semble pas utile non plus d’attirer l’attention du public sur les médecins qui en prescrivent de grandes quantités. Certaines personnes souffrent de douleurs chroniques que seuls les opioïdes peuvent soulager. » 

Un répondant du Forum électronique Voix des membres

Ce que les membres ont dit

Régularité et fréquence de la prescription

La prescription d’opioïdes est courante : 83 % des répondants disent en prescrire pour le soulagement de la douleur (cas de soins palliatifs non inclus).

Bien que la plupart des répondants prescrivent des opioïdes pour le soulagement de la douleur, la fréquence de ces prescriptions varie :

  • Moins de 1 fois par mois (9 %)
  • De 1 à 3 fois par mois (20 %)
  • De 4 à 6 fois par mois (21 %)
  • De 7 à 9 fois par mois (11 %)
  • 10 fois par mois ou plus (40 %)

De nombreux répondants se font demander des ordonnances d’opioïdes par leurs patients, et la moitié s’en font demander au moins 10 fois par année.

Défis

Parmi les défis liés à la prescription d’opioïdes, les répondants ont mentionné la dépendance chez les patients, les incidents menaçants et la difficulté de surveiller les opioïdes. Ils ont offert de nombreuses suggestions pour réduire l’usage problématique.

« L’accès inadéquat aux services de santé mentale est un facteur contributif considérable pour bien des patients qui me consultent pour des douleurs. L’anxiété, la dépression, l’inactivité et les capacités d’adaptation insuffisantes jouent un rôle énorme dans leur expérience de la douleur. »

- Un répondant du Forum électronique Voix des membres

« Il existe sur le marché un certain nombre d’options de médicaments inviolables, comme Targin, OxyNEO et les timbres BuTrans. De plus, les analgésiques moins toxicomanogènes comme le tramadol, le tapentadol et les analgésiques topiques sont accessibles pour ceux qui ont des assurances privées. Pourtant, aucun de ces médicaments n’est couvert par le Programme de médicaments de l’Ontario – seuls les opioïdes forts et toxicomanogènes sont couverts. » 

- Un répondant du Forum électronique Voix des membres

« L’accès facile aux cliniques de traitement de la douleur sur recommandation est essentiel pour le bien-être du patient et comme option de traitement de rechange raisonnable pour le clinicien. »

- Un répondant du Forum électronique Voix des membres

Dépendance aux opioïdes et incidents

La majorité des répondants (92 %) ont travaillé avec des patients qui ont une consommation problématique d’opioïdes, mais seulement 18 % en voient souvent. 

Les répondants ont indiqué avoir vécu des incidents où des personnes recherchaient des opioïdes ou d’autres substances contrôlées. Parmi eux, 70 % ont rapporté des incidents mineurs (p. ex., comportement irrespectueux ou agression verbale); 25 % ont rapporté des incidents majeurs (p. ex., un patient qui lance ou brise des objets); et 11 % ont rapporté des incidents graves (p. ex., agression ou tentative d’agression physique, ou traque).

« Dans les cas de dépendance aux opioïdes que j’ai rencontrés, les patients avaient obtenu les opioïdes dans la rue. Des habitudes de prescription vigilante ont prévenu l’utilisation abusive de mes ordonnances. » 

-Un répondant du Forum électronique Voix des membres

Surveillance des opioïdes et lignes directrices

Plus des deux tiers des répondants (68 %) ont indiqué que leur province ou leur territoire a un programme de surveillance des ordonnances, programmes assez également partagés entre les programmes manuels et électroniques. La plupart sont satisfaits du programme à leur disposition; seuls 8 % des répondants le trouvent insuffisant.

La connaissance des Lignes directrices canadiennes sur l’usage des opioïdes pour le traitement de la douleur chronique non cancéreuse était élevée (73 %), et 78 % des répondants jugeaient les lignes directrices assez utiles ou très utiles.

Parmi les répondants, 78 % connaissaient bien les politiques et les normes de pratique en matière de prescription d’opioïdes du collège des médecins de leur province ou territoire.

« [J’aimerais] vraiment voir [un] programme électronique qui réduirait la paperasse. [Le] concept de surveillance est excellent et a parfois permis de repérer des patients qui obtenaient des opioïdes d’autres sources que je ne connaissais pas. »

Facteurs influençant la prescription d’opioïdes

Nous avons demandé aux répondants à quel point certaines mesures contribueraient à la prescription optimale des opioïdes. Nous avons classé leurs réponses en ordre d’importance :

  • Accès en temps réel à un programme de surveillance des ordonnances – 94 % ont indiqué que c’était très ou assez important.
  • Éducation médicale continue – 89 % ont indiqué que c’était très ou assez important.
  • Davantage des services spécialisés en traitement de la douleur dans ma région (p. ex., médecins spécialistes, physiothérapie, conseils psychologiques) – 84 % ont indiqué que c’était très ou assez important.
  • Limite du nombre de pilules d’opioïdes qu’il est possible de prescrire en même temps – 65 % ont indiqué que c’était très ou assez important.
  • Davantage de services d’entretien à la méthadone et autres centres de traitements des toxicomanies – 62 % ont indiqué que c’était très ou assez important.
  • Obligation imposée par le gouvernement d’approuver seulement des formulations d’opioïdes inviolables – 60 % ont indiqué que c’était très ou assez important.
  • Permission accordée au ministre de la Santé de diffuser des avis sur la prescription excessive par un médecin – 44 % ont indiqué que c’était très ou assez important.
  • Journées périodiques de reprise des médicaments – 35 % ont indiqué que c’était très ou assez important.

Les répondants ont fourni des réponses divergentes sur la question de savoir si la surprescription par les médecins était à l’origine du problème d’abus de médicaments d’ordonnance. La plupart des répondants (80 %) ont toutefois déclaré que les temps d’attente pour les traitements spécialisés contre la douleur constituent un gros problème dans leur région : 43 % ont affirmé que les temps d’attente pour l’entretien à la méthadone ou d’autres traitements des toxicomanies posent un problème.
 

« Comme il manque de cliniques intégrées de traitement de la douleur, il est très difficile de traiter la douleur par des moyens non pharmacologiques. Si un patient en douleur doit se présenter à de nombreux endroits et à des fournisseurs divers, il devient difficile pour lui d’utiliser tous les outils comme protocole combiné. »

Et maintenant?

Les résultats de ce sondage ont guidé en partie la politique de l'AMC sur les préjudices associés aux opioïdes et à d’autres médicaments d’ordonnance psychotropes. Cette politique préconise l’adoption d’une stratégie nationale exhaustive pour éliminer les préjudices associés aux psychotropes au Canada, qu’ils soient prescrits ou illégaux. Cette stratégie s’ajouterait aux stratégies actuelles sur les préjudices associés à l’alcool et au tabac, deux autres drogues légales.

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